Selon les statistiques du Programme national de transfusion sanguine (PNTS), les besoins annuels du Cameroun sont estimés à 400 000 poches de sang pour l’ensemble du pays. En 2018, 94 873 ont été collectées, contre 91 047 en 2017 et 82 661 en 2016.

Entre ses mains aux
ongles vernis, Philomène tient une photo aux extrémités mangées par la
moisissure. Une femme vêtue d’une longue robe de soie jaune y sourit à
l’objectif. « Ma mère chérie. Morte en janvier 2015. Un accident de voiture et
il n’y avait pas de sang à lui transfuser », explique, la voix enrouée, cette
jeune cadre dans la microfinance. En pleurs, elle se lève du canapé dans son
salon de la Cité verte à Yaoundé, capitale du Cameroun, pour aller vers les
photos qui tapissent le mur. « On aurait pu la sauver. Mais la banque de sang
de l’hôpital était désespérément vide », poursuit avec colère, Ange, son petit
frère. Selon les statistiques du Programme national de transfusion sanguine
(PNTS), les besoins annuels du Cameroun sont estimés à 400 000 poches de sang
pour l’ensemble du pays. En 2018, 94 873 ont été collectées, contre 91 047 en
2017 et 82 661 en 2016. Dans le sud, où les besoins sont évalués à 13 096
poches, seules 767 avaient été recueillies en 2018, soit 5,86 % de ce qui
serait nécessaire. Les journaux parlent « de
pénurie de sang
», voire de « crise
du sang
», mais le problème est plus profond. D’après une étude
sociologique réalisée en 2017 par la Société française de transfusion sanguine
en collaboration avec le PNTS, plusieurs freins expliquent cette situation : le
manque de volonté politique, d’abord ; l’ignorance du public en matière de don
de sang, ensuite ; et enfin les barrières culturelles et religieuses. Ces trois
freins créent une situation catastrophique. « Si je donne mon sang, je vais transmettre des péchés ». Voilà
ce qu’on entend dans certaines zones, se désole Appolonie Noah Owona, médecin
et secrétaire permanente du PNTS. Ou encore
: « On va se livrer à des pratiques ésotériques avec mon sang
». «
C’est la triste vérité. J’ai parcouru de nombreuses zones et je connais les
barrières », explique-t-il. Pour moi, il faut se tourner vers la jeunesse
qui représente plus de la moitié des 25 millions d’habitants et les
sensibiliser grâce au smartphone que tous possèdent jusque dans les villages
les plus reculés.

Il se heurte aussi au
système payant de la transfusion. Officiellement, le prix d’une poche varie entre
15 000Fcfa et 25 000Fcfa, mais, selon certains garde-malades que nous
avons rencontrés dans les hôpitaux, les prix sont bien supérieurs à ce barème
et peuvent atteindre 100 000Fcfa la poche en fonction des spécificités du
sang requises. « Mon mari était malade et
avait besoin de sang, raconte Aline, au chevet de son époux, à Yaoundé. A
l’hôpital, on nous a demandé de venir avec au moins deux donneurs. Et, bien que
nous en ayons amené quatre, nous avons dû régler plus de 20 000Fcfa pour
obtenir une poche
», poursuit la jeune femme. « Même à l’article de la mort, sans donneur, pas de sang », regrette
Flore qui a échappé de peu au pire après un accident de moto à Douala, la
capitale économique.

Pour atteindre
l’autosuffisance sanguine, le Comité national de transfusion sanguine du
Cameroun a signé un partenariat avec l’Etablissement français de sang et
Expertise-France, pour la mise en place du cadre institutionnel et technique de
la transfusion sanguine et avancer dans le recrutement des donneurs. Une
réunion pour les modalités de mise en place de ce centre a été organisée à
Yaoundé le 23 novembre par le ministère de la Santé publique (Minsanté) avec
les principaux partenaires du gouvernement dans ce projet: l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) qui gère des financements y relatifs de la Banque
islamique de développement (BID), l’Agence française de développement (AFD) et Expertise
France. C’est le Pr Dora Ngum Shu épouse Mbanya assure les fonctions de DG
depuis le 03 juillet 2020. Elle a pour principale mission d’assurer la
disponibilité et l’accessibilité aux produits sanguins de qualité sur toute
l’étendue du territoire national, afin de réduire les nombreux cas de mortalité
qui surviennent par manque de sang.

Elvis serge
NSAA

L’article Transfusion sanguine – Le Cameroun accuse un déficit de 300 000 poches est apparu en premier sur Echos Santé.

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