La mise en place progressive des régimes phallocratiques et gérontocrates a fragilisé l’implication politique des femmes et des jeunes.

Cette politisation différentielle et à géométrie variable ouvre les perspectives d’analyse du genre et des contraintes générationnelles en politique. Ce constat que l’on veut empirique, a fait l’objet d’études variées dans le domaine des Sciences Sociales. Les travaux situés au croisement des études de genres  privilégient la façon dont les femmes sont mobilisées dans la régulation de la chose politique. Outre les références à la montée politique des femmes, les recherches de sociologie politique, travaillées autour des études du comportement électoral, offrent des conditions de l’autorité des plus âgés, à travers de bonnes périodes d’exercice du pouvoir , traduites par la diminution politique des jeunes.

Il s’agit évidemment de procéder à un décryptage des fractures de genre et de la génération qui badigeonnent le paysage politique camerounais, alimenté par des traits d’une néo-patrimonialisation poussée. Ceci indique les contraintes de l’engagement politique genré

(I) et difficultés de la dynamique politique juvénile (II).  

I. LES CONTRAINTES D’UN ENGAGEMENT POLITIQUE GENRE

Dans les systèmes politiques patriarcaux, les perceptions cognitives et idéologiques consacrent la domination politique des hommes, pour mettre un terme aux prétentions devenues fâcheuses des femmes.

Cette perspective évolutionniste s’apparente à un phénomène normal, qui soumet les femmes  au totalitarisme masculin, porté par la philosophie de la servitude. Le charisme d’un homme à la détention d’une marge d’autorité, est une nécessité organisationnelle  attachée à ce que certains estiment à la volonté de Dieu.

Il semble que Dieu aurait prédisposé les hommes à la domination. Cette théorie erronée, a facilité la diminution du militantisme des femmes surtout en Afrique, où les pesanteurs traditionnelles et culturelles sont encore fortes. La « mère de l’humanité » est restée confinée à la cuisine, et dans la chambre, subissant les injonctions d’un père ou d’un mari qui exerce une chape de plombs autocratique sans réserves.

Le Cameroun n’échappe pas à cette configuration réductionniste du moins de femmes et du plus d’hommes en politique. Nonobstant les pathétiques politiques de quotas, il existe encore des logiciels de stigmatisation qui consacrent les sombres fortunes d’un éventuel appareil des « femmes politiques ». Les nomothèques camerounais ont élaboré des textes à vocation masculine. Toutes les dispositions constitutionnelles sont évoquées au masculin pour remplir une fonction de domination. 

Les composantes d’une politique entreprise par les femmes sont élaborées sous la teinture de clichés dévalorisants et désacralisants de la capacité des femmes à émettre des opinions et des activités dans l’espace public. La nouvelle escroquerie de genre a converti les femmes camerounaises à des éternelles assistées, incapables de mobiliser des compétences politiques utiles à l’échelle nationale. Cette crise du politique insinue des métaphores pathologiques de type « les femmes qui émergent en politique sont les maîtresses des grands du pays ». 

Cette fabrication stéréotypée s’est enracinée dans les conforts cognitifs de la classe politique Camerounaise au point où le militantisme des femmes est insignifiant voire maigre. Son contenu est programmé selon des installations rouillées de « la femme agissant sous la protection exclusive de l’homme qui la parraine ». On comprend à l’aide de ces stigmates que la machine politique camerounaise dispose de pièces qui traduisent de la fainéantisation des femmes, malgré les exigences internationales de la parité. Le brouillage idéologique actuel n’est qu’un habillage qui masque  de fort belle manière, les injonctions patriarcales. 

La situation politique des femmes camerounaises est fondamentalement contradictoire, parce que noyée dans les eaux de l’infériorisation sociale et des rapports inégalitaires traditionnels entre hommes et femmes . L’inauguration de la participation politique des femmes, consacre le récit de la marginalisation, compte tenu de l’exacerbation sexuée que l’on accorde aux différentes fonctions politiques, à de soupçons et aux mesures préférentielles, qui ne  rendent pas service aux femmes. Cet accueil mitigé augmente les records de ralentissement, voire de gel  d’une asymétrie préparée par les hommes politiques. L’exacerbation de ces élans de domination masculine s’inscrit dans le sillage de la construction de l’incapacité des femmes à porter le leadership politique du fait des considérations biologiques, normatives et culturelles.

L’initiative 50/50 d’ONU-Femmes vient heurter de plein fouet, le masochisme institutionnel de certains hommes, empêchant les femmes de s’épanouir . Engagé dans une dynamique de démocratisation ambivalente , le gouvernement camerounais, à forte  coloration masculine, recourt aussi à des « technologies de pouvoir »  ou un type de reproduction sénile de l’ordre démocratique , constitue un bémol à la dynamique politique juvénile.  

II- LES DIFFICULTÉS DE LA DYNAMIQUE POLITIQUE JUVENILE. 

 L’engagement politique dans la chaîne des générations est aujourd’hui attaché à l’expression privilégiée des plus âgées qui confisquent les cadres des décisions politiques, laissant des jeunes à des façades de restriction, obligés de voter par des aller-retour. Ce n’est pas la majorité quantitative des jeunes qui entre en politique, mais le degré d’implication à la prise de décisions fortes pour gouverner . Le tableau camerounais de la participation politique des jeunes est ambivalent. Il oppose deux perspectives contradictoires.

Une perspective pessimiste qui tend à décrire les jeunes camerounais contemporains comme étant en retrait. Une perspective optimiste selon laquelle les jeunes aujourd’hui sont engagés d’une façon nouvelle et parfois en rapport avec le niveau d’offre politique qui leur est offerte. Peut-être qu’on ne pourra pas réduire les jeunes à des cibles  et victimes, exploités et abusés  mais à une catégorie biologique irresponsable et immature dont les voix passent sous silence. Le nombre croissant des jeunes semble aujourd’hui exclus de l’éducation, des soins, des emplois salariés et même de l’accès au statut d’adulte. Lorsque certains ne sont pas coptés par les « Big men », ils devraient accomplir les montées sempiternelles de la fameuse « expérience professionnelle » et arrivent déjà épuisés. Se basant sur des recherches menées à Yaoundé, Douala et Buea, plusieurs ambiguïtés affectent la jeunesse, au point où elle se situe dans l’ordre des « réceptacles vides ».  

En dépit de l’enracinement des matrices morales et politiques qui caractérisent la jeunesse en termes de richesse intrinsèque et de valeur sociale, ces derniers sont de plus en plus souvent perçus comme potentiellement dangereux. Les persécutions dans les rues des villes et villages camerounais sont opérées par des jeunes dont la carte sociale illicite est faite de délinquance. Des ruptures et des contradictions caractéristiques des mondes africains actuels proposent des façades de préjugés et de stigmatisations que l’on peut considérer comme rétrogrades du style « cadets sociaux », « faibles », « incapables », « enfants » .

Cette posture fortement dissymétrique met en évidence les rapports de lutte de pouvoir en société comme l’ont montré Crozier et Friedberg , à partir des marges de liberté et de manœuvre dont disposent les plus âgés à entretenir une représentation autoritaire d’autant plus croissante qu’elle permet de questionner la notion de jeune. En effet au Cameroun, on a encore pour jeune un homme de 50 ans et voire plus.  

Les mobilisations politiques des femmes et des jeunes participent d’un processus de captation de ressources pour défendre et garantir un projet et une identité, cependant la prééminence des hommes et des plus âgés a donné l’occasion de construire un « bloc hégémonique »  au pouvoir dirigé par une puissance patriarcale et une limitation du pouvoir des jeunes qui consacre un déséquilibre généralisé qui voit aujourd’hui un Etat stationnaire , qui doit travailler davantage à la participation politique des femmes et des jeunes pour une émulation de la société globale. 

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