Malgré les
efforts du Ministère de la Santé Publique, cette région en proie aux épidémies
et à l’afflux des refugiés centrafricains souffrent encore de nombreux maux. De
retour des visites inopinées dans sa région, Dr. Anicet Désirée Mintop, délégué
régional de la Santé Publique de l’Est fait l’état des lieux de la situation
sanitaire de la région du soleil levant. Lire l’interview exclusive du délégué
régional. 

Monsieur le Délégué, vous venez d’effectuer
les visites inopinées dans les formations sanitaires de la région de l’Est.
Qu’est ce qui a motivé votre sortie etquelle est votre constat après ces
visites?

Merci
de l’opportunité que vous m’offrez à travers votre journal « Echos
Santé » pour aborder quelques aspects relatifs aux activités de la région
sanitaire de l’Est. Pour revenir à votre question, il nous a semblé opportun en
ce début d’année 2021 de renouer avec la tradition des visites inopinées
commencées dès ma prise de fonction. Nous avons à cet effet effectué une
descente au service d’hémodialyse de l’Hôpital Régional de Bertoua, au CMA de
Dimako et à l’Hôpital de District de Santé de Doumé. De manière général, nous y
sommes allés pour nous ‘assurer de
l’effectivité des présences aux postes des différents personnels, de la
fonctionnalité des différents services, de transmettre les encouragements du
Ministre de la Santé Publique Dr Manaouda Malachie aux personnels, de
remobiliser ce personnel en vue redéfinir les nouvelles stratégies de riposte
au Covid-19 dans le contexte actuel marqué par l’apparition d’une nouvelle
souche qui sévit déjà en Europe; d’échanger avec ces derniers sur les
difficultés rencontrées dans l’exercice de leurs fonctions en vue de leur
transmission fidèle à la hiérarchie et enfin de s’assurer du bon usage de la
dotation en matériels récemment faite par le Ministère de la Santé Publique à
certaines formations sanitaires de notre région sanitaire.

S’agissant du
constat, nous avons été très heureux et satisfait de constater que les
personnels partout où nous passés, sont en poste et vaquent sereinement à leurs
occupations professionnelles avec efficacité, efficience, engagement et
dévouement. Il est allé apprécier la prévention et le control le l’infection au
Covid-19 et le niveau de protection des personnels dans l’exercice de leurs
fonctions.

Comment se portent les formations sanitaires
de votre région ?

Les formations sanitaires de notre région, se
portent relativement bien avec des acteurs qui travaillent sans relâche jours
et nuits pour le bien-être de nos populations. Il faut dire que ce travail
prend naturellement en compte le contexte sanitaire mondial de l’heure avec
l’apparition de la nouvelle souche du Covid-19 qui impose une veille sanitaire
rigoureuse à tous les niveaux. Il convient tout de même de relever que notre
région sanitaire a encore besoin des ressources humaines en qualité et en
quantité pour mieux faire face aux défis sanitaires auxquels nous sommes
confrontés.

Que faut-il pour mettre à jour les plateaux
techniques des formations sanitaires de la région du soleil levant ?

Les besoins en termes d’équipements techniques
sont énormes pour nos formations sanitaires. Toutefois il convient de le
relever pour s’en féliciter que Monsieur le Ministre de la Santé Publique, Dr
Manaouda Malachie, en fonction des disponibilités et de la planification
stratégique, apporte progressivement une réponse à ce manque de matériels à
travers des dotations récurrentes faites à nos différentes formations
sanitaires. C’est l’occasion pour nous de lui témoigner toute notre profonde
gratitude. Et comme vous le savez si bien, qui dit merci en redemande encore.

Comment
gérez-vous l’affut des réfugiés Centrafricains en ce moment ?

Depuis de plusieurs années du fait des crises
politiques qui surviennent en RCA, une république sœur et amie du Cameroun,
frontalière à la région de l’Est, nous avons acquis une certaine expérience
dans la prise en charge sanitaire des réfugiés qui séjourne dans notre région
sous la coordination effective de Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Est
et avec l’appui des partenaires au développement du secteur santé et de
protection des réfugiés. Nous pouvons à cet effet citer entres autres le HCR,
l’OMS, l’UNICEF, AHA, JRS qui apportent un appui considérable au système de
santé tant pour réfugiés que populations vulnérables d’accueils desdits
réfugiés. Nous tenons à les remercier très sincèrement et à encourager la
parfaite collaboration qui existe si bien entre ses organismes et la Délégation
Régionale de la Santé Publique de l’Est.

Le Centre d’hémodialyse de Bertoua a connu des
ruptures de kits, il y a quelques semaines. Quelle est la situation
actuelle ?

Le ministre de la sante a prescrit un certains
nombre de travaux. L’onduleur et régulateur de tension ont été acquis. La
situation des kits est en train d’être 
géré. Et le personnel est en poste. Nous pensons qu’avec de telles
avancées, la situation sera rapidement rétablie pour le bien des malades.

L’année 2020 a été marquée par la pandémie de
la Covid-19. Comment la Région de l’Est a géré cette situation ?

A l’instar des autres régions du pays, la
région sanitaire de l’Est, n’a pas dérogé à sa mission dans la riposte contre
le Covid-19. Dès l’activation du SGI au niveau central après l’apparition du
premier cas le 06 mars 2020 à Yaoundé, 
notre région s’est immédiatement mise en alertesous la coordination
effective de Monsieur le Gouverneur de la région en sa qualité de Coordonnateur
du Système de Veuille Régional. La survenue le 05 avril 2020 du premier cas
confirmé à l’Est, nous a permis de déclencher le SGI-Est le 06 avril 2020 et de
travailler avec tact et professionnalisme. La décentralisation de la prise
charge du Covid-19 par la suite instruite par Monsieur le Ministre de la Santé
Publique, Dr Manaouda Malachie, a immédiatement été exécutée et a permis de
mieux gérer et de circonscrire cette pandémie dans notre région. A ce jour la
région sanitaire de l’Est enregistre 1217 cas positifs parmi lesquels 54
personnels de santé, 04 femmes enceintes, 14 cas actifs, 1176 cas guéris
avec  malheureusement 28 décès
enregistrés pour taux de létalité de 2,30 % et une positivité globale de l, 81
%. Des résultats pour lesquels nous pouvons nous féliciter du travail abattu au
vue de la complexité de cette pandémie. Nous tenons à cet effet, à
solennellement remercier ici tous les personnelles santés, les autres
collaborateurs administratifs et l’ensemble des membres du SGI pour ces
résultats satisfaisants obtenus en dépit des difficultés et des contraintes
liées à la situation géographique de notre région.

La région de l’Est a été secouée par de
nombreuses épidémies. Qu’est ce qui explique cette situation ?

Effectivement nous avons été confrontés en
2020 par quatre épidémies, notamment : le Covid-19 avec les cas mentionnés
plus haut, les trois cas de polio dérivée de type 2 (cVDPV2) de Bétaré-Oya et
de Batouri et les deux cas de souche environnemental de Bertoua Nous avons
aussi enregistré neuf cas de la variole du singe dans le district santé de
Doumé et plusieurs cas la rougeole dans sept districts de santé de la région.
Pour revenir aux cas de cVDPV2, la porosité de nos frontières et le flux
migratoire observé malgré notre surveillance épidémiologique, reste à l’origine
de cette épidémie dont la souche est liée à celle de Berberati en RCA. Les sept
districts de santé en épidémie de rougeole et ont, pour la plupart mené des
campagnes de riposte avec l’appui de l’OMS. A ce jour seul district de santé de
Yokadouma reste en épidémie. Pour ce qui est du MokeyPox où variole du singe,
le district de santé de Doumé demeure l’épicentre de cette épidémie dans la
région. Un plaidoyer est fait à la hiérarchie pour que le niveau central prenne
gratuitement en charge les personnes frappées par cette maladie. Dont la
porosité des frontières, la présence des singes et autres vecteurs de maladies
dans nos forêts, peuvent entre autres, 
expliquer la survenue de ces épidémies.

Qu’en est-il de la couverture vaccinale de la
région ?

La couverture vaccinale de notre région est de
93% au penta 3 qui est l’antigène traceur. On peut sur cette base dire qu’elle
est bonne puisqu’elle est au-dessus de la norme nationale qui est de 90%. Pour
d’autres antigènes comme la rougeole-rubéole(RR1) le taux de couverture est de
87% avec des rapports encore manquants. Une fois ces rapports parvenus à la
délégation, nous sommes certains que ce pourcentage va connaitre une nette
amélioration.

Le Cameroun a introduit dans le programme
élargi de vaccination, le vaccin contre les infections à papillomavirus en
2020. Où êtes-vous dans cette introduction ?

En dépit des rumeurs et fake news qui ont
émaillé l’introduction de ce vaccin dans le PEV de routine de notre pays, notre
région a, à ce jour vacciné 220 enfants cibles. Cette situation a amené
Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Est à convoquer et présider la semaine
dernière une réunion de plaidoyer du niveau régional. Au cours de cette assise
qui a regroupé autour de lui plusieurs sectoriels, il a appelé à la
mobilisation de tous pour une bonne prévention à travers la vaccination de nos
enfants (filles cibles) contre le cancer du col de l’utérus. L’engouement
observé et les différents engagements pris à l’instar de celui de Madame le
Délégué Régional de l’Education de Base qui a immédiatement instruit ses
collaborateurs, laisse croire que la situation pourrait être améliorer dans un
proche avenir.

 Quelles sont les problèmes de santé de la
région ?

L’enclavement, les longues distances,
l’insuffisance des personnels en qualité et en quantité, le manque de moyens de
locomotion dans la quasi-totalité des districts de santé et au niveau de la
délégation régionale, la vétusté du plateau technique des hôpitaux de district
et de certains services de l’hôpital régional, la prise en charge des réfugiés,
sont entre autres des problèmes rencontrés ici à l’Est.

Quelles sont les besoins de la Région de
l’Est ? sur le plan infrastructurel, matériel, en ressources
humaines ?

Notre région a besoin du personnel sur les
plans quantitatif et qualitatif. Nous savons que des efforts sont faits dans ce
sens par Monsieur le Ministre mais nous en redemandons encore pour une
meilleure prise en charge de nos populations. Sur le plan infrastructurel et
matériel, nous souhaitons la réhabilitation et/ou la construction des certains
hôpitaux de districts, la construction des CSI et leur équipement. Les services
de l’hôpital régional de Bertoua qui reste notre seul hôpital de référence,
méritent également un regard particulier dans ce sens en attendant la finition
de l’Hôpital de Référence de Bertoua dont les travaux avancent
considérablement. Aussi, la dotation de tous les districts de santé en
véhicules de service ainsi que la délégation régionale, galvaniserait davantage
tous acteurs en activités dans la région.

Qu’est ce qui explique votre absence pendant
un moment à la délégation ?

J’ai été très souffrant pendant une bonne
période. Mais la délégation de la santé publique à l’Est a été bien organisée,
et le service a continué normalement. Nos objectifs ont été attient. Le plus
important est qu’on ait pu retrouver la santé et que nous continuions de servir
nos populations, avec le même engouement, dans le strict respect des hautes
directives de notre hiérarchie.

Quels sont les défis de 2021 ?

Nos défis émanent de la politique implémentée
sur le plan stratégique par Monsieur le Ministre de la Santé Publique, Dr
Manaouda Malachie. A cet effet, nous allons poursuivre avec la politique
d’humanisation des soins, le suivi de la décentralisation de la riposte
Covid-19 dans les districts de santé, le renforcement de la sensibilisation et
de l’engagement communautaire dans les programmes de santé, le suivi de
l’implémentation de la couverture santé universelle, la situation sanitaire à
nos différentes frontières, la poursuite de la collaboration avec tous nos
partenaires d’appui au développement du secteur de la santé à l’Est, le
partenariat avec les collectivités territoriales décentralisées, etc.

Un message à la population ? 

Tout en lui souhaitant une bonne et heureuse année 2021, je demande à la population de la région sanitaire de l’Est, de toujours faire confiance au système de santé de notre pays.

propos recuillis par Murielle ESSON

L’article Santé publique au Cameroun (série, épisode I) – La situation sanitaire de la région de l’Est préoccupe est apparu en premier sur Echos Santé.

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