« La piste tanzanienne se précise », avions-nous titré lorsque, le 3 juin dernier, la Cour d’appel de Paris avait donné son accord pour le transfert de l’ancien homme d’affaires rwandais Félicien Kabuga devant les juridictions internationales pour génocide et crimes contre l’humanité. Depuis hier 30 septembre, elle s’est précisée davantage, car après un quart de siècle de cavale, l’ancien génocidaire est désormais fixé sur son sort : la Cour de cassation a tranché, confirmant la décision prise en appel. Ce ne sera donc ni à Paris ni à Kigali que sera jugé Félicien Kabuga, mais bel et bien devant un tribunal du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) à Arusha ou éventuellement à La Haye si la covid 19 l’impose.

Fin de course pour celui qu’on accuse d’avoir été l’un des financiers, voire même l’architecte, du génocide qui a fait au moins 800000 morts entre avril et juillet 1994 au Rwanda. On le soupçonne notamment d’avoir financé la tristement célèbre « Radio des mille collines ». Recherché par la justice internationale, sa tête avait même été mise à prix par le Département américain (5 millions de dollars), il avait toujours su échapper à ses poursuivants, s’offrant le luxe d’une des plus longues cavales de l’histoire de la justice internationale. 25 ans, un quart de siècle de cavale qui l’avait mené dans plusieurs pays africains et européens. Usant d’une dizaine d’identités, le fugitif aux mille visages avait finalement été arrêté à Asnières en France le 16 mai dernier.

Enfin rattrapé par son passé, Félicien Kabuga et ses conseils se sont battus bec et ongles en première instance comme en appel pour que la procédure se poursuive dans l’Hexagone, pendant qu’Ibuka, l’association des victimes du génocide, ne souhaitait que son retour au pays. Finalement, la solution tanzanienne est apparue comme la plus logique et la plus équitable, et les arguments de la défense n’y ont rien changé, elle qui n’a cessé de plaider la sénilité de son client perclus de maux et croulant sous le poids de l’âge. Il souffre de diabète et d’hypertension mais aussi de leucoaraiose, une maladie qui affecterait ses fonctions motrices et cognitive.

Sur le papier, la France a un mois pour organiser la remise du prisonnier à ses juges. Mais la manœuvre pourrait prendre plus de temps que prévu, car avant de juger le criminel présumé, il faut actualiser l’acte d’accusation émis au lendemain du génocide, rassembler les preuves anciennes et nouvelles, retrouver des témoins encore en vie, bref remettre les pendules à l’heure pour un dossier qui n’a que trop attendu. Et il attendra encore, car les avocats du vieil homme ne s’avouent toujours pas vaincus et continuent de lutter pour lui éviter un procès, plaidant la sénilité de leur client qui ne serait même pas « en état de comprendre les faits qui lui sont reprochés ». Le temps joue donc contre la justice internationale qui devra presser le pas si elle veut un jour entendre la déposition de l’un des présumés architectes du génocide de 1994.

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