En pleine crise au sein de la coalition aux affaires en République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a entamé lundi des “consultations nationales” pour tenter d’asseoir son pouvoir face au camp de son allié et prédécesseur Joseph Kabila.

Dans une adresse solennelle le 23 octobre, le président Tshisekedi avait créé la surprise en annonçant l’organisation de consultations nationales afin de créer une “union sacrée” dans ce pays gigantesque au cœur de l’Afrique centrale, dont les ressources immenses ne profitent guère à une population très majoritairement pauvre, mais excitent les appétits de groupes armés dans l’Est depuis près 30 ans.

Ces consultations doivent durer jusqu’au 8 novembre.

Investi le 24 janvier 2019, l’ancien opposant Tshisekedi gouverne en coalition avec le Front commun pour le Congo (FCC) de son prédécesseur Kabila avec qui il a signé un accord politique de coalition.Mais les tensions récurrentes entre les deux camps depuis bientôt deux ans n’ont cessé de s’aggraver ces derniers mois.

La partie est d’autant plus difficile pour le chef de l’État et l’alliance qui le soutient, Cap pour le changement (CACH), que le camp Kabila est majoritaire au gouvernement (43 ministres contre 23) mais aussi au Parlement et dans les Assemblées provinciales.

“Ces consultations visent la refondation de l’action gouvernementale autour des principes de participation à la gestion du pays”, avait expliqué M. Tshisekedi le 23 octobre, promettant au terme de ces échanges d’annoncer des “décisions qui n’excluraient aucun cas de figure”.

Nombre d’acteurs de la scène politique spéculent sur une dissolution de l’Assemblée nationale qui, espère le camp Tshisekedi, lui permettrait d’y renverser le rapport de force avec ses alliés ou rivaux.

L’UDPS, le parti du président, n’exclut pas une “dissolution de l’Assemblée nationale, si cela s’avère être la dernière solution”, confirme son secrétaire général Augustin Kabuya, interrogé par l’AFP.

Face aux grandes manœuvres qui s’engagent, Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC de Joseph Kabila, observe, avec une pointe d’agacement: “La majorité parlementaire est aujourd’hui convoitée, elle est courtisée, on la veut à n’importe quel prix”.”Fort heureusement, elle n’est pas à vendre”, assure-t-il cependant.

2023 en ligne de mire

Pour le premier jour des consultations, ce ne sont pas les représentants de partis politiques qui ont ouvert le bal, mais le bureau de la commission électorale (Céni).

Les échanges avec M. Tshisekedi ont porté sur “la nécessité de la stabilisation du pays et de la paix”, a déclaré à la sortie son président Corneille Nangaa.

“Comme Céni, nous avons présenté à l’autorité de Félix Tshisekedi la nécessité de la tenue des prochaines élections générales en 2023″, a-t-il ajouté.

Il a aussi prévenu que sa structure ne dispose plus de la légitimité pour organiser des élections, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale: il argue du fait que leur mandat a expiré depuis juin 2019 et qu’ils ne restent en place que dans l’attente de la désignation de leur successeur.

Les acteurs de la société civile ont ensuite été reçus tour à tour par le président Tshisekedi: défenseurs des droits de l’homme, représentants de la presse, chefs des cultes, dont le très influent archevêque émérite de Kinshasa, Laurent Monsengwo.

La crise au sein de la coalition au pouvoir a pris de l’ampleur le 21 octobre, lorsque le chef de l’État a présidé la cérémonie de prestation de serment des trois nouveaux membres de la Cour constitutionnelle qu’il a nommés en juillet, malgré l’opposition de ses partenaires du FCC.

Le camp Kabila avait alors accusé le chef de l’État d’avoir fait “le choix délibéré de violer la Constitution” et qualifié la cérémonie d'”irrégulière” pour “des personnalités nommées de manière illégale”.

Une bataille autour d’un enjeu stratégique à près de trois ans de la prochaine élection présidentielle: la Cour constitutionnelle a en effet le pouvoir de valider ou invalider les candidatures mais également les résultats du scrutin.

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