Sur 164 leçons d’histoire enseignées de la Sixième en Terminale au Cameroun, seules 32 sont consacrées à l’histoire du pays. Soit un pourcentage de 19,5%.

Au Cameroun, les manuels scolaires continuent de vanter les « bienfaits de la colonisation » avec pour preuve les hôpitaux, écoles, routes… héritées de cette époque.

Des bandes dessinées de propagande sous Ahidjo et le programme scolaire ne manquent pas de réduire Ruben Um Nyobè et ses camarades de lutte au rang de bandits ou terroristes tandis que les chefs d’Etats camerounais sont présentés comme des partisans de la paix, soucieux du développement du pays.

Etienne Segnou livre une étude sur la part du programme scolaire consacré au nationalisme camerounais dans son ouvrage « Le nationalisme camerounais dans les programmes et manuels d’histoire », en s’appuyant sur le programme officiel d’enseignement de 2001.

Sur 164 leçons d’histoire enseignées de la Sixième en Terminale, 32 sont consacrées à l’histoire du Cameroun (19,5%). Les 132 autres leçons (80,5%) sont consacrées à l’histoire des autres pays d’Afrique et à celle des pays du reste du monde.

Par contre, sur les 164 leçons, seules 2 sont consacrées explicitement à l’étude du Nationalisme Camerounais, soit 1,82% des leçons.

Dans l’enseignement supérieur, de la première année à la huitième année, les programmes comportent 65 matières. Sur ces 65 matières, 6 renvoient à l’étude de l’histoire du Cameroun, soit 9,23% des matières, tandis que sur l’ensemble de toutes les 65 matières, une seule leçon se rapporte au Nationalisme Camerounais, soit un taux de représentativité de 1,5%. Mais cette leçon unique ne se rapporte au Nationalisme Camerounais que de façon implicite.

Elle est en effet intitulée « La décolonisation du Cameroun ». Ce qui est vague, car on peut seulement supposer que la lutte des nationalistes pour la décolonisation du Cameroun et la longue guerre qu’elle a entrainée pourraient être abordée par l’enseignant. Car il ne s’agit pas de refaire l’historique de la trajectoire politique du Cameroun, des historiens pro- fessionnels s’y sont adonnés, avec des fortunes variables.

Des écrits et analyses honnêtes existent aujourd’hui sur cette longue et dramatique histoire, dont l’ouvrage notable du professeur Joseph Richard ; Achille Mbembe ; Daniel Abwa…etc.L’histoire cachée du Cameroun aux origines de la Françafrique

Il faut ajouter que lorsqu’on évoque les nationalistes, on ne se réfère jamais à eux comme étant des héros, mais comme des « grandes figures de l’histoire du Cameroun ». De plus, on aura tendance à parler de la résistance de manière positive uniquement sous la période coloniale allemande.

La période de la résistance camerounaise sous la tutelle française est passée sous silence et quand elle est timidement évoquée, seul Ruben Um Nyobè est mentionné, oubliant ses camarades de lutte. Finalement, on omet de mentionner la barbarie dont a fait preuve la France dans sa lutte armée avec l’Upc.

Dans aucun manuel scolaire cette guerre sanglante qui a fait des dizaines de milliers de morts côté camerounais est mentionnée. Une autre raison qui pourrait expliquer l’absence des héros indépendantistes camerounais dans les manuels scolaires serait le contrôle des livres scolaires par les éditeurs français. En effet, selon une étude réalisée par l’Apic en 2007, trois quarts des ouvrages scolaires camerounais sont produits par des maisons d’édition françaises, notamment Hachette et Nathan.
Des responsables du ministère de l’Éducation défendent ce choix en disant « qu’aucune imprimerie locale ne peut supporter » le volume d’impressions nécessaires pour les ouvrages scolaires. La situation est toutefois différente dans le programme scolaire anglophone où « 75% des auteurs de livres de maternelle et 95% du cycle primaire sont des camerounais ».

La mémoire upéciste au cœur des enjeux géopolitiques En 2015, le président français François Hollande avait déclaré être « disponible pour que les livres d’histoire puissent être ouverts, les archives aussi » concernant la période de la guerre d’indépendance du Cameroun. Ce travail de déclassement des archives a commencé fin 2018, une avancée qui permet de mettre en lumière une histoire étouffée depuis longtemps. Malgré la volonté de l’Etat camerounais de faire oublier la guerre du Cameroun, cette tentative d’occultation de la mémoire nationaliste n’a pas abouti car cette mémoire demeure vive dans la conscience des camerounais.

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