C’était sans doute un parti-pris, un pari fort et juste pour le chef de l’Etat s’adressant à ses jeunes compatriotes en cette veille de fête de la jeunesse : délégitimer les discours fatalistes que les drames de l’époque inspirent, dire halte à la sinistrose, remettre au goût du jour le droit de rêver et le devoir d’espérer, rendre hommage à la jeunesse audacieuse et travailleuse qui glane des lauriers dans tous les domaines à travers le monde, celle, patriote, qui défend le drapeau national sur tous les théâtres de conflits, dans le but de les ériger en modèles pour tous nos compatriotes.

Au sens philosophique, cette posture peut s’assimiler à une exhortation et à un réarmement moral à l’endroit d’une tranche de la population, la plus nombreuse comme il le rappelle, déboussolée par la pandémie du Covid-19, ses répercussions économiques et sociales, l’absence de perspectives d’avenir immédiates. Au sens littéraire et discursif, c’est une vision optimiste, mais non pas candide de notre environnement, puisqu’elle ne fait pas l’impasse sur les difficultés du moment, mais s’emploie à encourager les jeunes à s’impliquer et à prendre leur part de bonheur dans ce qu’ils ont la chance de recevoir de l’Etat, dans ce contexte international si délétère. Car la jeunesse, c’est aussi cela : une attitude, un mental à toute épreuve, le refus du défaitisme.

Combien de jeunes sur la planète peuvent en effet se targuer d’avoir vécu trois semaines durant, une aussi belle fête du football que celle que vient d’abriter le Cameroun, le Championnat d’Afrique des nations de football (CHAN) ? Entre confinements et restrictions, le football ne se joue plus qu’en stades clos, loin des spectateurs. Le Cameroun, soutenu par la FIFA et la CAF, a tenté et réussi l’exploit de faire participer le public. Les jeunes en ont amplement profité, y compris ceux de tout le continent, s’extasiant devant ces stades magnifiques et fonctionnels qui constituent un vrai cadeau du président de la République à sa jeunesse. Un double bonheur d’ailleurs, pour la jeunesse camerounaise et africaine, qui se prépare déjà avec impatience à participer bientôt à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), la plus grande compétition africaine de football, dans les mêmes infrastructures. Oui le bonheur des jeunes vaut bien quelques sacrifices… 

Il fut un temps où les économistes de la Banque mondiale proposaient de mesurer les performances économiques et sociales des pays à l’aune du bonheur que ces progrès procuraient aux habitants. Ils avaient donc proposé le Bonheur intérieur brut (BIB) comme instrument de mesure, histoire de ne pas sanctuariser le Produit intérieur brut (PIB), si réducteur et si focalisé sur les seules statistiques… La même sagesse sur la primauté du bonheur des gouvernés était déjà professée par Cicéron, qui écrivait jadis : « Il me semble que les chefs doivent tout rapporter à ce principe : ceux qu’ils ont à gouverner devront être aussi heureux que possible ». Dans cette même logique, Paul Biya appelle la jeunesse à cueillir les roses de la vie, carpe diem, sans sombrer dans les outrances de l’épicurisme. Aux quatre coins du monde, la jeunesse est déboussolée et déprimée, hantée par un sentiment de vacuité et d’incertitude. Alors oui, c’est aussi le rôle des dirigeants de mettre du baume au cœur des populations les plus fragiles.

Si le premier Camerounais s’emploie à persuader les jeunes de regarder l’avenir avec confiance et optimisme, il sous-entend néanmoins que l’enthousiasme des jeunes serait vain s’ils ne recevaient de la société les armes indispensables pour le combat de la vie, en termes de formation scolaire, universitaire, d’éducation aux valeurs et à la citoyenneté, d’arsenal juridico-institutionnel garantissant l’égalité des chances à tous, de facilitations diverses pour leur insertion dans la vie professionnelle. Ce que notre pays s’attèle à réaliser du mieux qu’il peut, avec des défaillances certaines dans des secteurs clairement identifiés, tels que le football, où l’égoïsme des dirigeants laisse peu de chance au génie des jeunes de s’exprimer. D’où l’interpellation vigoureuse de ceux-ci à prendre leurs responsabilités. Par ailleurs, un constat s’impose, selon l’analyse présidentielle : l’ascenseur générationnel dans le domaine de la gestion des affaires politiques et locales, est en marche depuis la mise en œuvre effective et totale du processus de décentralisation. Certes, les jeunes et les femmes en particulier ont exprimé leurs frustrations au moment de l’élection des exécutifs régionaux, fustigeant leur trop faible proportion. Mais lorsqu’on examine les niveaux inférieurs, on découvre nombre de jeunes conseillers, qui devront avoir l’humilité d’apprendre à travailler à la base et à monter les échelons les uns après les autres, avant de rêver d’une consécration au sommet.

On peut donc penser que la mystique du donner et du recevoir, si nécessaire à la transmission de témoin aux jeunes dans notre société, est bien réelle. Ayant reçu de la nation l’outillage utile pour creuser leur propre sillon, les jeunes se doivent désormais de donner à leur tour. A travers l’amour du drapeau, le culte de l’effort, l’endurance, la contribution à l’œuvre de construction nationale, le discernement et la capacité d’opérer des choix raisonnables face aux pièges multiples, notamment ceux de l’extrémisme et de la haine, prêchés dans les réseaux sociaux par des groupes plus ou moins constitués. Ils doivent se poser en remparts de la nation et de son unité. Car le Cameroun est leur héritage et leur avenir.

Donner, recevoir, puis fructifier, avant de redonner à son tour : c’est l’essence même du rapport sociétal qui permet la préservation de l’héritage national, de l’immortalité de l’âme d’un peuple. Il faut cependant faire le constat que dans ce magma, les coups de génie individuels ne sont heureusement pas noyés dans le collectif. Le chef de l’Etat n’est pas peu fier de mettre en exergue des jeunes Camerounais particulièrement doués, dont le talent et les efforts ont construit une renommée mondiale. Loin de faire ombrage aux autres jeunes, la mention qui en est faite par le chef de l’Etat doit au contraire les galvaniser. Et les convaincre qu’il est toujours possible de se surpasser et de briser partout les plafonds de verre si l’on ose rêver grand, si l’on exploite à bon escient le bagage reçu, tout en sublimant le sens de l’effort.

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