Le génocide Rwandais : La journaliste Natacha Polony sera jugée en correctionnelle pour négation de crime contre l’humanité

Une ordonnance datée du 11 décembre, et relayé par l’AFP, rend compte d’une décision d’un juge d’instruction parisien de renvoyer en procès Natacha Polony, journaliste idéologiquement classée à droite, pour «contestation de l’existence de crime contre l’humanité par parole, écrit, image, ou moyen de communication au public par voie électronique». On lui reproche des propos tenus le 18 mars 2018 sur France inter. Madame Polony, qui a fait ses classes au figaro et travaille aujourd’hui comme directrice de la rédaction de l’hebdomadaire Marianne, avait affirmé, à propos du génocide perpétré au Rwanda en 1994, qu’il était «nécessaire de regarder en face ce qui s’est passé à ce moment-là et qui n’a rien finalement d’une distinction entre des méchants et des gentils». «Malheureusement, on est typiquement dans le genre de cas où on avait des salauds face à d’autres salauds (…). C’est-à-dire que je pense qu’il n’y avait pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants dans cette histoire»

Heurtée par ce discours, l’association des rescapés du génocide Ibuka avait décidé d’entraîner la journaliste en justice, en vertu d’une loi de 2017, qui interdit de remettre en cause le génocide au Rwanda, au même titre que celui de la Shoah. Au cours d’une audition devant un juge, l’actuelle directrice de Marianne a tenté de mettre de l’eau dans son vin en déclarant qu’elle avait bien précisé lors de son face à face avec Raphael Glucksmann « que le génocide avait bien existé ».On peut la soupçonner de ruse  lorsqu’elle essaye de faire croire que la déclaration incriminée « visait les dirigeants », tout en concédant « avoir tenu des propos litigieux »

Les propos mis en cause nous ramènent à ce qu’on a appelé la thèse du double génocide. Elle fut un temps la thèse du journaliste d’investigation Pierre Péan. Un autre journaliste qui s’est illustré dans cette forme particulière de négationnisme c’est le journaliste et politologue Camerounais Charles Onana devenu une star en république démocratique du Congo parce qu’il surfe la diabolisation de Kagame dont on connaît les rapports compliqués avec Kinshasa. Selon le chercheur René Lemarchand, les travaux de Charles Onana ont perdu au fil des années toute crédibilité.

La thèse du double génocide est simple : Ces défenseurs soutiennent que le front patriotique de kagame aurait commis des massacres contre les réfugiés hutu installés en république démocratique du Congo et assimilent ces massacres à un génocide des tutsi contre les hutu..Les journalistes d’investigation continueront à débattre sans arrêt sur l’existence ou non de ses massacres et leurs ampleurs .Ce qui paraît davantage pernicieux c’est leur utilisation comme manœuvre théorique pour atténuer la gravité du génocide rwandais. La thèse du double génocide n’est qu’une forme particulière de négationnisme. Il y a eu sur le génocide rwandais, diverses formes d’expression du  négationnisme. La négation pure et simple considère qu’il n’y aurait eu au Rwanda que de simples massacres de masse, dont la quantité aurait été délibérément grossie par la propagande pro-FPR. Une autre forme de négationnisme a eu comme fondement l’inversion des responsabilités. Le gendarme du GIGN, Thierry Prungnaud affirma dans le Point et dans une émission de France Culture en avril 2005, que ses supérieurs hiérarchiques leur expliquèrent en juin 1994 au début de l’opération Turquoise que c’étaient les Tutsi qui massacraient les Hutu.

Cette affaire prend une coloration particulière car Natacha Polony n’est pas n’importe qui. Nous avons dit qu’elle était une journaliste de droite ayant ses classes au figaro. Ce n’est pas nécessairement un péché. On peut être de droite et gentil. Ce qui est plutôt ambigu c’est qu’on pourrait la situer du côté des identitaires français. C’est-à-dire du côté de ceux qui pensent que la décadence civilisationnelle entre en France à travers <<la diversité>>. Les identitaires sont hostiles au cosmopolitisme et se positionnent farouchement sur le terrain du<< nativisme>>Achille Mbembe. Ils font l’éloge de l’enracinement et proclament leur attachement à une conception fermée de la nation. Or la France s’est construite avec les apports de générations d’immigrés.

Peut-on établir un lien entre la démarche intellectuelle de Natacha Polony et son dérapage sur le génocide rwandais ? La question mérite d’être posée. Pourquoi une femme qui a l’habitude de tenir sur l’immigré subsaharien des propos proches du mépris prendrait soin de travailler suffisamment ses dossiers lorsqu’elle doit s’exprimer sur un drame qui s’est produit en Afrique ? Son invitation en correctionnelle sonne comme un rappel à l’ordre, une mise en garde. On pèse ses mots lorsqu’on doit parler de la shoah. On perd cette prudence nécessaire lorsqu’on doit parler des souffrances africaines. L’homme africaine est devenu une personne sur laquelle on peut tenir les propos les plus insupportables y compris en public.

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