Comme vous le savez certainement, Joe Biden a été élu président des États-Unis. Mais le désordre qu’il y a là-bas me fait penser que les Américains n’ont pas encore compris la démocratie à la camerounaise…

Un président qui conteste les élections

Un président qui conteste le résultat des élections ? Mais c’est le monde à l’envers ! C’est comme si on vous disait que Paul Biya a été battu lors de la présidentielle de 1992 par Ni John Fru Ndi – ce qui est le cas – et qu’il avait décidé d’aller se plaindre devant les juridictions de notre pays.

C’est absolument incroyable ! Comment est-ce qu’un type comme Donald Trump, qui tient tous les leviers du pouvoir comme ses homologues de l’Afrique centrale, peut-il à ce point se laisser autant intimider ? Ne sait-il pas que c’est lui qui devait normalement centraliser tous les votes, et puis désigner les directeurs de toutes les commissions électorales qui sont présentes dans chacun des cinquante Etats ?

D’ailleurs, je crois même que c’est à cause de cette indépendance que Paul Biya ne veut surtout pas que nous revenions au fédéralisme…

Les grands électeurs et le vote populaire

Ça veut dire quoi les grands électeurs ? Hein ? C’est quoi ce système bidon ?

Ici, chez nous, au Cameroun, nous avons plutôt les fictifs électeurs. C’est-à-dire que nous avons des gens qui sont capables d’aller voter gaillardement, et pourtant, ils n’ont même pas de carte d’électeur pour commencer (ni même de carte d’identité, d’ailleurs). Nous avons des gens qui iront voter dans une ville où ils n’auront pourtant jamais posé les pieds. Nous avons des votants qui sont même déjà morts pour la plupart, et nous avons aussi des électeurs qui peuvent voter plusieurs milliers de fois dans la même-même circonscription…

C’est quoi ce système bidon ? C’est quoi ce pays où tu peux glaner le vote populaire et pourtant perdre les élections présidentielles ? C’est quoi ce suffrage universel indirect qui n’offre aucune garantie de falsification ? C’est quoi cette politique américaine où on incite des centaines de millions de personnes à aller voter, et pourtant, Paul Biya n’a besoin que de dix mille Camerounais comme Pierre La Paix Ndamè pour être certain qu’il sera réélu ?

Le dépouillement

Je ne comprends toujours pas comment un homme d’affaires avisé comme Donald Trump, a pu laisser lui échapper le contrôle du dépouillement dans chacun des Etats des États-Unis. C’est incroyable !
Parce que si c’était au Cameroun, par exemple, déjà, le fédéralisme n’existe pas ici. Ensuite, les gouverneurs qui nous administrent sont surtout des marionnettes et des automates, donc ils n’ont même pas la possibilité d’envisager la moindre initiative. Et enfin, le Code électoral est un ouvrage qui a été taillé sur mesure pour pérenniser le régime RDPC actuel.

Je parle du dépouillement comme si c’était anodin et pourtant, c’est très-très-très important ! C’est pour ça que chez nous, « seul le procès-verbal d’Elecam fait foi devant la Cour constitutionnelle ». C’est pour ça que c’est Paul Biya qui nomme lui-même tous les directeurs d’Elecam, ainsi que tous les membres constitutifs du Conseil constitutionnel. C’est pour cette raison que le vote par correspondance est strictement interdit dans notre pays-ci, alors que cela est malheureusement autorisé aux États-Unis. D’ailleurs, notre dépouillement n’est même pas mathématique, puisque malgré les nombreux bulletins nuls, Paul Biya obtiendra toujours un score soviétique de 94 % !

Les manifestations populaires

Là encore, je suis surpris ! Je vois des Américains qui sortent dans la rue et qui réclament le recomptage des voix parce qu’ils contesteraient le résultat de la présidentielle ? Mais on est où, là ?
Est-ce qu’ils savent que dans notre pays-ci par exemple, il faut multiplier les demandes d’autorisation sous-préfectorale, avant d’oser sortir manifester dans la rue ? Hein ? Et que ces autorisations-là ne vous seront même jamais accordées ?

Est-ce que ces Yankees qui se baladent avec de grosses pancartes sont au courant que Maurice Kamto, deuxième lors de la présidentielle de 2018, avait été incarcéré pendant neuf mois parce qu’il contestait ouvertement les résultats dudit scrutin ? Hein ? Et que même présentement, il est encore assiégé devant sa résidence ?

Je vous assure que si les Américains veulent réellement copier le modèle camerounais, eh bien ils s’y prennent vraiment très mal ! Très très très mal, même. Parce qu’ils ont des libertés d’opinion déjà très affirmées, qu’ils ont le droit d’exprimer publiquement, et donc ils osent se croire tout permis. Mais ils doivent savoir que dans mon pays, tu peux boire la bière et parler de tout ce qui t’intéresse, mais il ne faut jamais te mettre en route pour tenter de réclamer le départ de Son excellence Paul Biya.

La démocratie camerounaise expliquée au petit peuple américain

Donc comme vous le savez sûrement, Joe Biden vient d’être élu comme 46ème président des États-Unis. Mais la cacophonie qu’il y a là-bas me fait penser que les Américains n’ont pas du tout compris la démocratie à la camerounaise…

La fraude expliquée au peuple américain ! Est-ce que Paul Biya a même besoin de séduire l’électorat camerounais pour être réélu ? Il suffit qu’on tripatouille les procès-verbaux dans les bureaux de vote où ses opposants ne sont pas suffisamment représentés.

La campagne expliquée au peuple américain ! Elle consiste surtout à corrompre les adversaires politiques sans se déplacer, et à utiliser tous les moyens de l’État (argent, voitures, administration) pour intensifier la propagande.

La répression camerounaise expliquée au peuple américain, parce que la Gendarmerie et l’Armée sont déjà prêtes à transporter des civils devant le tribunal militaire.

Alors le spectacle grotesque que nous offrent Donald Trump et ses partisans me fait bien rire, puisque je ne l’imagine même pas une seule seconde ici dans notre pays : un président qui conteste les élections, un dépouillement qui n’est pas centralisé et des manifestations populaires qui sont curieusement autorisées.
Les Américains n’ont pas du tout compris comment fonctionne la démocratie ici au Cameroun.

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