C’est peu dire que les médias africains poussent un soupir de soulagement après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche.

Les journaux africains en rêvaient, les électeurs américains l’ont fait. « L’Afrique n’est donc plus un ensemble de “pays de merde”. Comme par enchantement, le vœu des Africains s’est réalisé avec la victoire du démocrate Joe Biden », se réjouit Aujourd’hui au Fasodans son éditorial. Après l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis, la presse du continent veut y voir un nouveau départ. Ce n’est pas tant l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche que le départ de son prédécesseur qui est littéralement célébré. Pour les journalistes et chroniqueurs africains, le passage de Donald Trump restera avant tout un accident de parcours de la vieille démocratie américaine. Oui, « Parce qu’à l’égard de ce continent, le désormais ancien président des États-Unis aura été à la fois particulièrement arrogant et méprisant. Ignorant tout de l’Afrique, Donald Trump servait cependant de mauvais exemple à ceux des dirigeants du continent mus par le désir de soumettre les institutions de leurs pays à leur volonté. Pour tout cela, il convient de se réjouir de son départ.

Car sur ce registre-là, il est très peu probable que Joe Biden soit pire que son prédécesseur », estime Ledejely dans un éditorial de Boubacar Sanso Barry, patron du média en ligne guinéen. Oui, « Après quatre années d’une présidence tumultueuse, Donald Trump quitte donc la Maison-Blanche ce mercredi, pointe WalfQuotidien à Dakar. Commence alors l’ère Joe Biden, l’homme que tout le monde attend pour redorer le blason d’une Amérique démocratiquement souillée et renouer des relations timides entre les États-Unis et l’Afrique. » Oui, d’ailleurs Donald Trump n’a pas mis les pieds sur le continent et avait même mis son secrétaire d’État Rex Tillersonsur la touche « en pleine tournée africaine » en 2018. Pas de grands espoirs donc, mais beaucoup de prudence et d’interrogations face aux défis que va devoir affronter le nouveau président américain. Il est loin aussi, le temps où Barack Obama, premier président noir issu du continent africain, faisait la une de tous les journaux, et où son patronyme s’affichait partout, et pas seulement au Kenya- des salons de coiffure, au débit de boisson, plages etc. Ce jeudi, difficile de trouver une « une » de presse avec une photo du nouveau président américain. La plupart des journaux affichent une certaine distance et attendent des actes concrets.

Les dossiers qui l’attendent

Alors justement, Joe Biden à la Maison-Blanche : que gagne l’Afrique ? La presse s’est déjà posé la question ces derniers jours. Et au nombre des réponses qui revenaient, on a pu lire qu’avec le successeur de Donald Trump, « l’appui américain bi et multilatéral en faveur du développement de l’Afrique devrait reprendre. On prédit également que les menaces de retrait des troupes américaines impliquées en particulier dans la traque des terroristes dans le Sahel pourraient être suspendues », détaille Ledjely.

Il faut souligner que les foyers de tensions africains ne manquent pas estime Aujourd’hui au Faso « à ce titre, nous avons la Corne de l’Afrique, caractérisée ces derniers temps par la guerre silencieuse entre l’armée éthiopienne et les rebelles du Tigré (…). À côté, il y a la Somalie, restée depuis plusieurs décennies une pétaudière ingouvernable et dont l’exécutif est contraint à l’exil par les Shebabs en dépit des nombreux soutiens apportés par l’oncle Sam. Vingt-huit ans après La bataille de la mer Noire ou The Battle of the Black Sea qui s’était soldée par la mort de 18 soldats et fait 75 blessés, ce pays n’a toujours pas renoué avec la liberté et la justice que le président Clinton souhaitait importées. Et les Shebabs sont les seuls maîtres d’un pays failli », rappelle le journal. Sans oublier, l”Ouganda, où Yoweri Museveni vient d’être réélu après une présidentielle contestée par l’opposition. Toujours sur le dossier sécuritaire, la presse est unanime en soulignant, le cas pressant du Sahel « en proie au terrorisme où l’allègement annoncé par Paris devient de plus en plus imminent, pourrait connaître un réajustement de la politique sécuritaire américaine. Il n’est pas exclu que les Boys dont le départ était dans les tuyaux ne mettent plus en exécution leur menace (diminution des militaires, de la logistique et du renseignement) », appuie le média burkinabè.

L’Afrique ne se fait pas d’illusions

Bien sûr, toutes ces prévisions sont légitimes et pertinentes. Mais en attendant, El Watan, à Alger propose de regarder dans le passé récent quel a été l’attitude des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique. « Avant l’arrivée de Trump, la politique étrangère américaine n’a pas subi de transformations profondes, même lorsque les démocrates et les républicains se succédaient à la Maison-Blanche. Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama avaient globalement les mêmes fondamentaux en matière de politique internationale, centrés sur la prédominance militaire, la prééminence sur les organisations internationales et le démantèlement des barrières commerciales », remarque le quotidien algérien. En revanche, WalfQuotidien invite à regarder du côté de la stratégie économique, car ces dernières années, les Américains ont cédé beaucoup de terrain à la Chine, notamment sur le plan des échanges commerciaux. « Joe Biden est favorable à l’allègement de la dette de l’Afrique, informe le journal sénégalais. D’ailleurs, le nouveau président américain a déjà promis d’organiser un sommet des chefs d’État africains, comme l’avait déjà fait Barack Obama en 2014. De quoi nouer des liens concrets avec ses homologues africains et de quoi pouvoir relancer l’AGOA, ce programme d’échanges commerciaux qui permet à l’Afrique d’exporter des produits vers les États-Unis sans être taxés », affirme Walf à Dakar.

Le Nigeria déjà gagnant !

Au Nigeria, la presse est plus enthousiaste encore ! D’abord parce que l’un des titres phares « Destiny » du chanteur à succès Burna boy a été choisi dans la playlist officielle de 46 morceaux de Joe Biden et de sa vice-présidente Kamala Harris, pour leur investiture ce mercredi 20 janvier. La presse nigériane n’a pas oublié l’absence de réaction américaine lors de la répression des manifestations en octobre à Lagos. Mais elle se souvient que Joe Biden, alors candidat à la Maison-Blanche, avait devancé le département d’État en diffusant un communiqué pour dénoncer les tirs à balles réelles contre la foule. Une autre bonne nouvelle pour le pays est la signature ce jeudi de la levée de l’interdiction d’entrée sur le territoire américain visant les ressortissants de plusieurs pays, principalement à majorité musulmane. En janvier 2020, les États-Unis avaient ajouté trois pays africains, le Nigeria, le Soudan et la Tanzanie, à la liste des pays inclus dans le décret anti-immigration promulgué en 2017 par Donald Trump.

Et pour couronner le tout, souligne Wakatsera « deux fils du continent, Wally Adeyemo, 39 ans, futur secrétaire adjoint au Trésor, et Osaremen Okolo, 26 ans, conseillère dans la Team anti-Covid-19 du nouveau président, tous deux d’origine nigériane, donneront bien des couleurs africaines à la nouvelle administration américaine. » D’autres nominations devraient suivre « dont celles de diplomates chevronnés ayant déjà parcouru l’Afrique, ou ont travaillé pour le développement du continent noir, seront des collaborateurs, proches ou lointains, de Joe Biden. » Au-delà des personnes, c’est bien l’intention manifeste de Joe Biden de faire revivre une certaine idée du rêve américain qui est en jeu.

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Florelle Sateu

editor