Textes : 2 Samuel 7, 1-5. 8b-12. 14a. 16 ; Romains 16, 25-27 ; Luc 1, 26 – 38

Nous le connaissons tous ce récit de l’annonce faite à Marie. Il fait partie des histoires merveilleuses et magiques de notre enfance. Cela s’est-il réellement passé de la sorte ?

Est-ce un récit historique ? Personne ne peut ni le confirmer, ni l’infirmer. Et pourtant au-delà du merveilleux de l’événement, cette histoire nous parle aujourd’hui encore. Il y a d’abord la disponibilité de Marie face à l’inattendu. Il y a ensuite son « oui » qui va transformer toute notre humanité. Mais il y a surtout la naïveté de cette jeune femme qui accepte de porter en elle le Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu Lui-même. Qui d’entre nous n’aurait pas hésité à sa place ? Et c’est cette idée de naïveté que je voudrais souligner ce matin. La naïveté est souvent comprise en son excès. Elle devient alors synonyme de peu d’intelligence, de bêtise.

Par contre la naïveté présentée dans l’évangile de ce jour est belle, positive. La naïveté est signe de cette grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité. Cette naïveté est loin d’être frivole, elle ouvre en nous un espace sur lequel nous pouvons élaborer, rêver, bâtir, en fait, construire tout simplement notre vie. C’est de cette manière que nous pouvons comprendre le sens de l’appel. Marie a été appelée à devenir Mère de Dieu. Et nous, toutes et tous, nous sommes appelés à nous réaliser. Il n’y a pas de chemin tout tracé, à nous de le trouver. Je souris d’ailleurs toujours lorsque quelqu’un me dit : « il faut être bien courageux pour être pasteur, religieux aujourd’hui ». En disant cela, la personne se trompe de registre. Etre pasteur, religieux, ce n’est pas du tout une question de courage mais bien de bonheur.

En effet, le ministère pastoral, le sacerdoce, la vie religieuse, la vie de couple, la vie de famille, la vie de célibat choisi, la vie d’amour dans la fidélité, toutes ces vies ne sont pas dans l’ordre du courage mais bien de l’épanouissement. Ils sont à leur manière le chemin que nous avons choisi d’emprunter pour nous réaliser. Le courage consiste à vouloir marcher sur le chemin de l’autre au risque de ne pas être heureux. L’appel de Dieu, l’appel de Marie sont d’abord et avant tout des appels à la vie. Si nous nous promenons sur le chemin de notre destinée, il ne s’agit pas de courage mais bien de naïveté.

En effet, je crois qu’il faut une grande part de naïveté pour se lancer dans la vie que nous choisissons. Tout choix est un pari sur le futur. S’engager dans sa vie demande toujours un minimum d’inconscience et d’audace. Nous ne sommes jamais tout à fait prêts. Il y a toujours mille et une raisons qui pourraient nous dire : attend, ce n’est pas encore le moment ; il faudrait d’abord faire ceci et encore cela. Mais à force de reculer son « oui », de repousser son saut dans les choix qui nous construisent nous risquons de nous enfermer dans une solitude destructrice de ce que nous sommes et avons à être. La naïveté de Marie, la naïveté de la vie nous invite à toujours continuer de progresser, d’avancer parce qu’il y aussi de la fidélité dans la naïveté.

Permettez-moi de vous raconter une petite histoire. Un homme se promenant le long de la mer, trébuche sur une vieille lampe. Il la ramasse, la frotte et un génie en sort et lui dit : « puisque tu m’as libéré, je t’accorde un vœu ! ». Au bout d’un moment, le promeneur se décide et demande : « J’ai toujours rêvé d’un voyage à New York, malheureusement j’ai peur de l’avion et j’ai le mal de mer. Pouvez-vous me construire un pont jusqu’à New York, pour que je puisse m’y rendre en voiture ? » Le génie ne dit rien pendant quelques secondes, puis éclate de rire : « Mais ce que tu me demandes est impossible à réaliser.

Pense au béton qu’il faudra faire couler, aux tonnes d’acier nécessaire pour soutenir un tel pont. Je suis un génie, mais je ne peux pas faire de miracle. Il faut tout de même rester dans le domaine du raisonnable ! Demande-moi autre chose, un pont, c’est trop compliqué ! » L’homme se remet à nouveau à réfléchir. Au bout de quelques minutes il trouve autre chose : « Je suis marié et j’ai quatre charmantes filles. Elles trouvent que je ne m’intéresse pas assez à elle, que je ne les écoute pas jusqu’au bout. Puisque je ne peux pas avoir le pont, alors, ce que je voudrais, c’est de pouvoir comprendre les femmes, c’est-à-dire savoir ce qu’elles ressentent, et ce qu’elles pensent lorsqu’elles sont silencieuses. Savoir pourquoi elles pleurent, ce qu’elles veulent vraiment dire lorsqu’elles disent non.

Pouvoir les rendre heureuses. Bref, comprendre leur psychologie. » Le génie le regarde perplexe, puis lui demande : « Au fait, le pont, tu le veux avec 2 ou 4 voies ? » Le génie n’a donc pas été capable de résoudre le mystère de la psychologie féminine, tout comme il en aurait été vraisemblablement incapable de le faire pour la psychologie masculine. Et c’est tant mieux ! En effet, le mystère que nous sommes vis-à-vis de nous-mêmes et des autres nous rappelle que la vie n’est pas une équation qui se déchiffre mais plutôt qu’elle se décline au rythme de nos saisons. Ne pourrions-nous pas aller jusqu’à prétendre que la notion même de mystère donne un goût différent à la vie. Tout n’est pas su. Tout n’est pas connu. Tout ne peut être maîtrisé.

Il y a du mystère dans chaque vie et même dans celle du Fils de Dieu. En Christ, il y a le mystère de sa conception ainsi que celui de sa résurrection. Le début et la fin de sa vie sont marqués par le mystère. Nous ne pouvons pas les expliquer, nous ne pouvons pas les comprendre seulement les méditer pour nous laisser prendre à notre tour sous l’ombre divine qui continue à se dévoiler à nous par tous ceux et celles qui marchent avec nous sur notre route humaine. De la sorte, nous devenons un peu des anges les uns pour les autres. Accepter d’entrer dans le mystère de la vie, accepter d’entrer dans le mystère de la foi, nous permet alors de continuer, à l’instar de Marie, de nous laisser bouleverser par des événements imprévus, par ces personnes qui nous conduisent au plus près de nous-mêmes.

Se laisser bouleverser, c’est aussi accepter de ne pas avoir la main mise sur tout, de vivre une certaine forme de dé-maîtrise, un lâcher prise. Dans cette aventure, nous ne sommes pas seuls. Dieu est venu en notre monde pour nous accompagner. Il est à nos côtés. Mieux encore, il vient nous rejoindre chacune et chacun dans notre part sacrée. Quelle que soit notre condition physique, quel que soit notre état d’âme, Dieu vient résider dans notre crèche intérieure. Pour en prendre conscience, il nous suffit d’oser le pari de la confiance.

Ayons, comme Marie, cette disponibilité intérieure du cœur pour nous permettre de partir, repartir au plus profond de notre être et de retrouver tout ce qui fait notre dignité même si nous sommes touchés par l’épreuve de la maladie, de la vieillesse.

L’histoire d’Elisabeth nous le rappelle avec force. Il n’y pas d’âge pour la fécondité. Toutes et tous, nous y sommes appelés. Face au mystère de la vie, le bouleversement de la foi opère en nous un déplacement et un engendrement. En effet, nous quittons notre vision humaine pour entrer dans le champ de celle du Père. Dans la tendresse, par des paroles et des gestes d’amour et d’amitié, nous permettons lors de la rencontre vécue en vérité à ce que d’autres s’engendrent à eux-mêmes en retrouvant leur part sacrée où Dieu a choisi de venir inhabiter. En ce temps de l’avent, l’ange de Dieu vient aussi vers nous pour nous convier à changer de vie, à laisser derrière nous nos idées toutes faites et nos habitudes, nos erreurs et nos fautes ; il vient et nous tend la main pour nous entraîner ailleurs que là où nous nous crispons et nous enfermons ; il vient et nous invite à un nouveau commencement, ailleurs que dans la répétition du quotidien et de la routine.

Dieu a un projet de vie pour chacune et chacun de nous qui dépasse cette vie présente ; il nous invite à vivre en nouveauté de vie dès maintenant et pour l’éternité. Toutes et tous, nous sommes capables de vivre notre fécondité lorsque nous acceptons de nous poser au plus près de nos bouleversements intérieurs. Marie nous ouvre la voie, une voie offerte à l’amour de Dieu dans le don à l’amour de l’autre. Bouleversés par Dieu, vivons nos différentes fécondités d’engendrement car l’Esprit est avec nous dans cette traversée de la vie.

En Dieu, notre vie se passe, se dépasse et surtout se vit.

Amen 

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