PREDICATION DU DIMANCHE 08 NOVEMBRE 2020

Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

Textes : Sagesse 6,12-16 ; 1Thessaloniciens 4, 13-18 ; Matthieu 25, 1-13

Thème : L’attente

Le Royaume de Dieu, dit Jésus, sera comparable à 10 jeunes filles invitées à des noces. 5 insensées prennent leur lampe ; 5 prévoyantes, avec leur lampe, prennent de l’huile en réserve.

L’époux tardait : toutes s’endorment…

Au milieu de la nuit, un cri : ” Voici l’époux : sortez à sa rencontre !”.

Toutes se réveillent et prennent leur lampe. Les insensées disent aux autres : ” Donnez-nous de votre huile car nos lampes s’éteignent” ; elles répondent : ” Jamais ça ne suffira ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands”. Pendant qu’elles y vont, l’époux arrive. Les filles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle de noces et on ferme la porte.

Plus tard les autres arrivent et crient : ” Seigneur, Seigneur, ouvre-nous”. Il leur répond : ” Amen je vous le dis : je ne vous connais pas”.

“Vous ne savez ni le jour ni l’heure” où retentira le cri dans la nuit.

Matthieu et notre tradition ont lié ce texte à notre mort et notre résurrection. A ce moment, où nous les chrétiens, les baptisés qui avons reçus cette petite lampe, rejoignons le Christ dans l’infini de Dieu. Toute notre vie de baptisés est alors un temps de veille, un temps de préparation, un temps de vie dans la foi à la suite du Christ, pour pouvoir un jour le rencontrer.

Vers la fin de l’année liturgique, l’évangile nous parle souvent de l’attente. Il nous dit : l’époux va arriver, attendez ; le jour du jugement va arriver, attendez ; la mort sera vaincu, attendez. Parfois, comme aujourd’hui dans la parabole des dix jeunes filles, le message peut sembler un peu menaçant : si nous ne sommes pas bien préparés, nous risquons de rater le moment que nous devons attendre et d’être exclus. Mais toujours, même s’il y a un élément négatif, le message de Jésus est au fond toujours positif et porteur d’espérance.

Attendre, c’est notre lot commun. Chacun de nous doit attendre, tous les jours. Nous attendons le train, le bus, le feu vert. A la caisse au supermarché, c’est toujours la file, et nous attendons. Il y a des attentes plus importantes : la femme enceinte attend la naissance de son enfant, le prisonnier attend le jour où il sera libre.

Dans un certain sens, attendre, c’est ne rien faire, ce n’est pas une activité. Quand nous attendons à la gare ou au supermarché, nous restons simplement là, sans rien faire de spécial. En attendant le train, nous lisons peut-être le journal ; au supermarché, nous regardons peut-être les autres clients et leurs achats. Mais lire le journal n’est pas attendre, regarder les autres n’est pas attendre.

Attendre, c’est simplement être là. Mais c’est être là parce qu’on espère quelque chose. Si nous restons à la gare sans rien faire de spécial, c’est parce que nous espérons que le train viendra. Nous sommes orientés vers l’avenir, et vers un avenir positif. Si nous croyions que le train ne viendrait pas, si nous n’avions pas cet espoir, nous quitterions la gare tout de suite. Nous espérons que le train viendra, c’est pourquoi il vaut la peine de rester à la gare. Si nous restons dans la file au centre commercial, c’est parce que nous espérons arriver un jour à la caisse. L’attente suppose l’espoir.

D’autre part, cesser d’attendre, c’est cesser d’espérer. Si nous cessons d’espérer, nous faisons peut-être quelque chose d’autre, nous quittons la gare ou le magasin pour aller ailleurs ; mais nous sommes déçus. La déception est parfois fondamentale : le prisonnier qui ne croit pas qu’il sera libéré, qui cesse d’espérer le jour de sa libération, ne peut pas aller ailleurs, sans espoir, il tombe dans le désespoir, il est désespéré.

Il n’y a pas que des prisonniers qui tombent dans le désespoir. Beaucoup de gens croient qu’ils n’ont rien à espérer. Pour eux, la vie semble être le feu rouge permanent, la déception permanente. Ou il n’y a que la mort qui les attend. Quand Jésus nous dit d’attendre, il nous dit effectivement que nous avons quelque chose à espérer. Quelles que soient les difficultés de notre vie, quelles que soient les déceptions que nous avons éprouvées, nous pouvons espérer, il vaut la peine d’attendre. Nous pouvons nous orienter vers l’avenir, parce il y aura un avenir positif. C’est la promesse de Jésus.

Parfois, si on attend quelque chose, on risque de rater ce qu’on attend. Pour ne pas le rater, il faut attendre de manière intelligente. Bien attendre le train veut dire attendre à la gare et pas à la maison. Il faut être attentif : si on lit le journal en attendant, il ne faut pas s’y immerger à ce point qu’on ne remarque pas le train qui arrive. C’est en effet le côté négatif de ce que Jésus dit : quelque chose de bon va arriver, quelque chose qu’il est possible de rater. Attendons donc le bonheur qu’il nous promet, mais attendons avec intelligence.

Frères et sœurs dans le Seigneur,

Le temps de l’attente est le temps de la préparation, de la pénitence aussi, qui est indispensable pour être prêts à la rencontre avec l’époux, ce Dieu qui a fait alliance avec nous, son Eglise. Le texte est dur pour ceux qui ne sont pas prêts. Ils restent dans la nuit et les portes d’accès à la noce leurs sont fermées.

Mais, fondamentalement pour nous, que veut dire cette attente, cette veille ? Comment connaîtra-t-on le jour et l’heure ? Que sera cette noce ?

Je crois que la réponse viendra si notre attente n’est pas passive, si nous allons à la rencontre, si nous produisons en nous, avec l’aide de l’Esprit, l’huile nécessaire à maintenir la flamme allumée.

L’attente n’est pas celle de la mort et du mystère qui la suit. Ce n’est pas l’angoisse devant l’inconnu. L’attente est celle de l’épouse déjà choisie et dont la place est déjà prête, aujourd’hui, à la table pour le festin. C’est la surprise et l’émerveillement de la découverte quand, dans la nuit, on peut allumer sa lampe et courir à la rencontre.

Attendre, c’est être sur le qui-vive, comme la truite prête à bondir sur la mouche descendant au fil de l’eau. Attendre, c’est être prêt, “toujours prêt”, comme le crie le scout à chaque rassemblement.

Etre prêt quand quelqu’un, dans notre nuit, vient secouer notre torpeur. Etre prêt à répondre quand quelqu’un nous appelle et qu’une petite voix nous dit “vas-y, il est là, puise en toi cette huile pour qu’elle devienne lumière et chaleur autour de toi, ose la rencontre et qu’elle devienne alliance et fête”.

Cette noce dont parle l’évangile, c’est la relation, de l’engagement à la suite de celui qui nous invite, qui a posé en nous sa lampe.

La noce c’est l’engagement à vivre, à être dès ici bas, aujourd’hui et demain, prêts à bondir et à se lancer dans l’aventure de la relation avec l’autre. Cet autre qui est déjà maintenant quelque chose du “Tout Autre”.

La noce de l’évangile, c’est la confiance extraordinaire que fait en l’homme notre Dieu, déjà notre époux alors que nous ne l’avons pas encore rejoint. La noce de l’évangile, c’est la folie de Dieu en organisant dès ici-bas la fête, sans être sûr que nous l’y rejoindrons tous.

C’est notre liberté d’homme de devenir l’épousée en allumant cette lampe posée en nous, en veillant les yeux ouverts, les oreilles tendues, attentifs aux appels du monde qui nous entoure.

Veiller, ce n’est pas somnoler, c’est être aux aguets, disponibles pour rentrer dans ce dynamisme de la rencontre et découvrir ce bonheur de la communion, de l’alliance, de la noce.

Nous ne savons ni le jour ni l’heure, car c’est tous les jours, toutes les heures. Le sens de notre vie est la relation, l’alliance avec l’autre qui nous inscrit dans le chemin de l’alliance de Dieu avec l’homme.

J’ai lu sur internet un article, le projet de loi concernant la simplification de la procédure légale du divorce. Il y a eu en France à peu près 31000 divorces pour 43000 mariages en 2004! Le projet de loi est une reconnaissance de la faiblesse de l’homme, de sa difficulté à veiller, à être capable de rallumer la flamme pour courir à la rencontre de l’autre dans la nuit.

Nos lois souvent constatent, normalisent nos faiblesses humaines et tâchent d’y palier. L’évangile de ce jour nous entraîne dans un projet. Le projet de croire en la relation, à notre place dans le plan d’amour de Dieu, à notre place à la table du festin. Etre croyant, c’est être veilleur, vigilant, à l’écoute et attentif à l’autre.

Etre croyant, c’est se reconnaître détenteur de cette petite lampe et entretenir en soi et avec l’aide de l’Esprit la réserve d’huile pour être prêt à se lancer dans l’aventure de la rencontre. Alors nous occuperons la place qui nous attend à la noce. Cette place pour laquelle nous sommes crées et qui, sans nous et sans notre décision, restera vide.

Toutes et tous, nous avons besoin de relations pour exister puisque nous sommes nés d’une relation. Cette dernière est inscrite au cœur de notre humanité. Il m’est impossible de vivre sans celles-ci. Mais les relations vraies et profondes ne peuvent exister que si nous acceptons de les investir, c’est-à-dire de donner à nouveau du temps au temps pour que nous prenions le temps de nous rencontrer en vérité.

Il y va de notre liberté et de notre responsabilité personnelle. Il s’agit bien d’un choix : choisir d’alimenter la rencontre pour vivre ensemble cet instant qui nous fait grandir l’un l’autre. Et cela prend un certain temps : le temps de l’approche mutuelle, le temps de l’apprentissage de la confiance et puis le temps du partage en vérité à vivre et à revivre au fil de la vie car ce qui fait la beauté de la relation, c’est la fidélité qui s’instaure entre deux êtres.

Et cette fidélité ne peut exister qu’à l’épreuve du temps car celle-ci s’inscrit toujours dans le long terme. Toutes et tous, nous avons fait ou ferons des choix de vie qui s’enracinent dans une telle perspective. Cette réalité nous fait alors prendre conscience que nos relations d’amour ou d’amitié ne sont pas interchangeables. Je ne peux ni vous les prêter ni vous les donner.

Une relation par définition est éminemment personnelle. Elle se vit entre elle et moi, entre lui et moi. Elles sont toutes différentes l’une de l’autre et c’est ce qui fait la richesse de toutes ces rencontres qui parsèment nos existences. La vie est aussi simple que cela. S’il en va ainsi entre nous, la parabole de l’évangile nous rappelle qu’il en va de même avec Dieu.

La relation à Dieu est d’abord et avant tout une relation personnelle. C’est à chacune et chacun dans son for intérieur de la trouver, de la composer et surtout de la vivre. Mais Dieu nous semble souvent bien silencieux et parfois ses échos résonnent peu en nous.

Nous ne sommes plus dans l’ordre du savoir, de la connaissance mais plutôt dans celui de la confiance. Un peu comme l’enfant qui fait confiance à son grand-père même s’il ne comprend pas tout. La sagesse de Dieu, tendresse divine est ce vers quoi nous devons tendre. Elle n’est pas seulement quelque chose à regarder, à contempler. Il ne suffit pas d’y croire, il faut en vivre. Et ça, au risque de me répéter, cela ne se partage pas, cela ne s’emprunte pas.

Personne ne connaît le jour et l’heure où nous l’occuperons parce que cela dépend aussi de nous.

Amen

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