Nombre de nos compatriotes exilés, dans l’hexagone, qui exercent dans le domaine de la culture, durement frappés par le confinement, tentent de préparer Noël et Nouvel An. 

« Les fêtes au pays c’est cette chaleur, cette convivialité, le partage du repas. Ici, avec cette situation sanitaire, on appréhende. On va rester chez soi, éviter des rassemblements, ne pas être plus de six personnes à table, on ne sait pas vraiment comment ça va se passer. Je crois que je vais rester chez moi ».

Tamar Tientcheu, comédienne et réalisatrice est en colère. « La crise sanitaire touche le monde de la culture à un niveau indescriptible. On ne peut plus créer. Je suis en arrêt dans mes activités artistiques. J’avais mis sur pied le concept des « Grandes nuits du cinéma camerounais », des soirées où on diffuse des films de réalisateurs Camerounais autour des grands rassemblements, des foules. Or ces rassemblements sont pour l’heure interdits. Vivement que les choses reprennent, que les artistes reprennent leur souffle. L’année 2020 a été épouvantable ». « Vivement 2021 » Mais, elle le sait, l’être humain a une capacité d’adaptation incomparable. « Pour survivre, je me suis découverte une seconde passion, la mode. J’ai mis sur pied une boutique en ligne de ventes d’accessoires de mode. C’est ce qui me permet de tenir bon en attendant 2021 qui, je l’espère, sera une année meilleure », affirme la réalisatrice de la Triarde, insistant : « Mes projets pour 2021 et les années suivantes, c’est d’abord la reprise des « Grandes nuits du cinéma camerounais », pour valoriser ce cinéma à l’international comme prévu et la création, c’est-à-dire reprendre la réalisation des films, pour un plus grand public et revivre la magie des diffusions en salles. Cette diffusion est sans commune mesure avec les diffusions via la télévision ou les plates formes numériques qui ne permettent pas de vivre cette magie de la communion du public avec l’œuvre cinématographique. Vivement 2021-2022 pour la création et la réalisation des projets de films et de théâtre ainsi que la diffusion en salle ». La mise à disposition des vaccins devrait permettre de mieux lutter contre la Covid-19 et de retrouver une plus grande marge de manœuvre, en matière d’expression des libertés. 

« Nostalgie »

Hervé Madaya, romancier, d’origine camerounaise, qui travaille à l’Action sociale à l’Enfance, à Lille, dans le Hauts- de France, n’a pas vraiment la tête à la fête. «Il est très compliqué de préparer les fêtes de fin d’année dans l’ambiance actuelle. Les conditions sanitaires sont délicates et les relations sociales, en France, ne sont plus les mêmes. Difficile pour moi de m’immerger dans cette ambiance sensée être festive et qui ne le sera certainement pas pour beaucoup de personne. Mais il faudra tout faire pour que les enfants et la famille au Cameroun passent de bonnes fêtes », confie-t-il, expliquant : « Le confine- ment, avec ses aspects contraignants, rend les choses psychologiquement difficiles. On a connu des fêtes de fin d’année, on en connaîtra d’autres. Mais cette fois c’est très particulier de mon point de vue ». De quoi se remémorer les moments joyeux passés au pays natal à Noël. « Je garde du Cameroun l’image d’un pays où régnait une effervescence en cette période. Je pense qu’il en est toujours le cas. Il me souvient aussi que c’est une période où il y avait beaucoup d’accidents de la route. Il fallait donc être prudent et même méfiant. Je m’abstenais de faire de longs déplacements. Malgré tout, il y avait une chaleur humaine, du lien social et familial. C’est d’ailleurs à cette période que le Cameroun me manque le plus ». 

L’avenir, Hervé le scrute en ébauchant des projets. « Mon dernier roman « Les petits soldats »(paru en juillet 2020 aux éditions Maïa ndlr), n’a pas connu la promotion que j’escomptais, confinement oblige. J’espère que les séances de dédicaces qui ont été annulées ou reportées seront reprogrammées. Le confinement m’a donné l’opportunité de me remettre à l’écriture. J’ai quelques projets en chantiers, on en reparlera le moment venu », assure-t-il. 

La mise à disposition des vaccins devrait permettre de mieux juguler la Covid-19 pouravoir plus de marges d’expression des libertés. 

Patrick Mamia « On ne s’attendait pas à mendier la liberté à un virus » Web designer, caricaturiste, auteur de nombreuses bandes dessinées et enseignant, ce Camerounais d’origine prépare les fêtes de Noël et Nouvel An en espérant que le retour à la liberté totale de mouvements est pour bientôt. « Naturellement, on pense à aller au pays se ressourcer, passer du temps avec ses proches. Mais compte tenu des réalités actuelles, avec la Covid, on fait le plus de restrictions possibles vu l’incertitude de l’avenir. Moi personnellement, en cette fin d’année, j’ai beaucoup de sollicitations concernant la digitalisation. Plusieurs de mes clients veulent numériser tous leurs supports de communication et les rendre concurrentiels sur la toile. J’ai un grand rôle à jouer car mon travail est de rendre plus attrayants ces plateformes sur le plan esthétique afin que ceux-ci puissent se démarquer de la concurren- ce ». 

Patrick Mamia est un as des nouveaux outils de la communication.

Ce Camerounais d’origine, qui vit en région parisienne, est web designer, caricaturiste, auteur de bandes dessinées et enseignant. « Faire rayonner l’Afrique » Pour lui comme pour bon nombre de noscompatriotes expatriés dans l‘hexagone, l’année qui s’achève aura été bien particulière. « C’est vrai qu’on ne s’attendait pas du tout à ce scénario où on est presque entrain de mendier la liberté à un simple virus. C’est cela déjà qui rend cette fin d’année inédite. Aussi, la crainte de s’envoler pour son pays d’origine et de ne pas pouvoir revenir à temps comme cela est arrivé à plusieurs de nos frères et sœurs », confie-t-il. On comprend alors qu’il veuille vite en finir avec l’année en cours pour entrevoir celle qui vient, souhaitant dans son for intérieur qu’elle comble l’Afrique et le monde de grâces en abondance. « Je profite des colonnes du journal Le Messager pour souhaiter tous mes vœux les meilleurs à tout le monde, surtout de santé, de réussite et de courage. L’Afrique est entrain de prendre un tournant inédit dans son processus de développement. En tant qu’Africain, nous devons nous impliquer personnellement et collectivement pour redesigner les contours de notre croissance économique. Faisons rayonner notre continent par tous les moyens où que nous soyons», conclut ambitieux et déterminé, Patrick Mamia.

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