Le 27 octobre, un avocat a été violenté au commissariat central N°4 de Yaoundé. Un de plus ! L’ordre des avocats du Cameroun saisit le délégué général à la Sûreté nationale.

Le calme règne ce 2 novembre 2020 au cabinet de Me Cosmas Owona Mbarga à Yaoundé. Cet avocat, président de l’Union des jeunes avocats du Cameroun (Ujac), reprend le service ce jour-là, après avoir été violenté par des policiers du commissariat central N°4 de Yaoundé, le 27 octobre 2020. Il est en train de reconstituer son répertoire de numéros, car son téléphone portable a été cassé par ses agresseurs. Une plainte du représentant de l’Ordre des avocats du Cameroun pour la région du Centre, Sud et Est a été déposée, le 29 octobre au cabinet du délégué général à la Sûreté nationale.

Me Pierre Robert Fojou, le signataire de la plainte, est également président de la Commission de veille sur les atteintes à la pratique professionnelle quotidienne des avocats. Cette dénonciation du barreau indique : « Qu’en date du 27 octobre Me Owona Mbarga Cosmas a été copieusement molesté, ses vêtements déchirés, ses lunettes cassées, au cours d’une altercation au commissariat central N°4 de Yaoundé, sur ordre de madame le commissaire central de ladite unité, alors qu’il y était pour assister son client, le Pr. Manga Zambo qui y avait été conduit, la veille, à la suite d’une querelle familiale et illégalement placé en garde à vue sans aucune notification de cette mesure ».

L’agression de trop

Le barreau s’inquiète du fait qu’à ce jour, les atteintes à l’exercice professionnel des avocats dans les unités de police et gendarmerie sont régulières. Entre juillet et octobre, cette association professionnelle a recensé trois cas de violences perpétrées à l’égard des avocats. L’instance, qui veille sur l’éthique et la déontologie de ses membres, invite le délégué général à la Sûreté nationale à ouvrir une enquête qui permettra d’auditionner tous les officiers de police impliqués dans cette affaire, pour une réparation du préjudice. A la cellule de communication de la délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn), un responsable nous fait savoir que toutes les dispositions seront prises pour que la lumière soit faite sur cet « incident ». « Pour ce qui concerne de tels dossiers, le délégué procède parfois luimême à l’audition des mis en cause avant de tirer les conclusions. La police ne peut cautionner les actes de barbarie mais nous attendons les conclusions de l’enquête pour mieux savoir ce qui s’est passé », explique notre source.

Ces faits se sont déroulés deux semaines après l’agression d’un autre avocat. Le 12 octobre 2020, Me Sother Menkem, avocat au barreau du Cameroun et membre du Collectif d’avocats constitués pour assurer la défense des militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), dit avoir été bastonné dans les locaux du Secrétariat d’Etat à la défense (Sed) alors qu’il était allé rencontrer ses clients détenus dans le cadre des manifestations pacifiques organisées le 22 septembre 2020. « Je n’ai jamais été humilié depuis que je défends les droits des plus vulnérables. Je n’ai jamais vu ma qualité d’avocat foulée au sol », s’insurge-t-il.

Un autre avocat, Me Serges Emmanuel Chendjou, dit avoir été molesté le 23 juillet 2020, au Service central des recherches judiciaires, logé au Sed. Il s’était rendu dans cette unité pour assister ses clients lorsqu’il a été violenté par huit gendarmes qui l’ont conduit hors du Secrétariat d’Etat à la Défense. « J’ai été tabassé avant d’être jeté hors des locaux du Sed comme un récalcitrant », affirme l’avocat.

Consolider les relations

Nous nous sommes rendus au Service central des recherches judiciaires du Sed où nous avons été informés que la plainte déposée par l’ordre des avocats du Cameroun concernant l’agression de Me Chendjou avait abouti à une concertation entre le bâtonnier et le secrétaire d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie nationale. Cette concertation a servi de cadre pour consolider les relations entre les gendarmes et les avocats. En septembre 2019, le ministre d’Etat, ministre de la Justice, garde des Sceaux, avait signé une note destinée à tous les acteurs de la chaîne judiciaire. Il instruisait ses collaborateurs de rendre possible l’exercice des activités des avocats dans les différentes administrations.

Cette sortie du Minjustice intervenait suite aux pressions faites par le barreau du Cameroun qui annonçait une grève. Parmi les revendications de ce préavis de grève figurait la fin des violences à l’égard des avocats dans les unités de police et de gendarmerie. Pierre Fojou, représentant de l’ordre des avocats du Cameroun pour le Centre, Sud et Est, conclut :

« Le barreau fera tout pour défendre ses membres qui subissent les agressions de la part des forces de l’ordre. Le code de procédure pénale autorise un client entendu dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie dans le cadre d’une enquête préliminaire à être assisté par un avocat. Lorsque cette disposition est violée cela constitue une entrave à la profession d’avocat ».

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