Des exemples de comportements à déplorer, heureusement très répandus ces derniers temps au Cameroun, ont révélé le mépris que certaines autorités affichent vis-à-vis de leurs peuples. Sans exhaustivité, l’on peut se contenter d’une illustration tout de même frappante. La plus récente…

Dans un communiqué rendu public le 28 octobre 2020 et largement répandu sur les réseaux sociaux, Samuel Mvondo Ayolo, sur papier à entête du Cabinet Civil de la présidence du Cameroun dont il est le directeur, demande au ministre de la fonction publique et de la réforme administrative de “bien vouloir prendre en compte les personnels en additif” dans le cadre d’un recrutement et contractualisation des ex-temporaires du cabinet Civil à la fonction publique.

Suggestion louable car, Il ne faut pas feindre de ne pas voir la face positive de cette initiative, surtout quand on sait que le marché de l’emploi est très fragile mais, ce qui cloche, c’est que les noms proposés sont tous issus d’une région du Cameroun en violation flagrante du principe de l’équilibre régional.

Le principe constitutionnel de l’équilibre régional est cristallisé par l’alinéa 4 de l’article 57 de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996.
Cette disposition prévoit expressément que « L’Etat veille au développement harmonieux de toutes les collectivités territoriales décentralisées sur la base de la solidarité nationale, des potentialités régionales »

En tant que telle, le PER consacre entre autres principes la négociation comme principe d’action politique afin de concilier les contraires, l’équité comme principe de régulation de la représentation politique au sein des instances nationales, la division territoriale du pouvoir (décentralisation) comme dimension complémentaire de la séparation des pouvoirs et facteur de l’épanouissement des groupes, la consécration de la communauté ethnique et de l’individu comme fondement dual et complémentaire de la démocratie

Comment pour la contractualisation à la fonction publique des temporaires de la présidence de la république on ne retrouve que des personnes issues d’une même région ?

Ne nous leurrons plus, on ne s’en cache plus. Le recrutement des fils, filles du village dans les plus importantes entités économiques du pays ou de la fonction publique camerounaise est un tabou qui n’a point lieu d’exister. Les fils et filles de ministres, généraux ou personnalités influentes touchant des salaires mirobolants dans des postes occupés ou attribués illicitement…

La sphère sociétale camerounaise demeure prisonnière de ces luttes d’intérêt opposant les différents centres de décisions qui composent le système politique en place. Chaque haut responsable veut mettre à l’abri ses enfants, sa famille et ses amis en instrumentalisant les institutions publiques. Les entreprises publiques les plus florissantes de notre pays ont été détruites de l’intérieur avec cette pratique qui privilégie l’incompétence, l’irrégularité au profit de l’intérêt clanique d’un cercle du pouvoir.

Dès son enfance, on inculque au Camerounais cette nécessaire dépendance d’un parent bien placé ou d’une connaissance du village qui lui offrira un poste sur un plateau en or. C’est une éducation à la triche, la tromperie, la mauvaise foi et, surtout, un enfermement dans un cercle vicieux où, finalement, le libre arbitre finit par disparaître

Même après avoir ingurgité quelques comprimés pour se soulager des maux de têtes dus aux aléas de la vie quotidienne camerounaise, on ne cessera jamais de se poser des questions sur ce phénomène

Nous nous permettons d’écrire ici car nous pensons que rester silencieux par rapport à la situation évoquée est aussi pire que regarder, sans rien faire, un enfant qui joue à la fenêtre à un étage assez haut.

Nous ne nions pas notre imperfection, nous n’allons pas non plus attaquer ceux de l’autre côté, les patriotes engagés, qui se battent depuis des années pour le bien être des Camerounais car où que nous soyons, le Cameroun ne mérite pas cela ! Mais nous allons essayer de porter une voix qui s’élève par rapport à l’agonie de notre Cameroun.

Nous sommes d’accord avec A. Lincoln quand il dit : « Le silence devient un péché lorsqu’il prend la place qui revient à la protestation ; et, d’un homme, il fait alors un lâche. » Il est plus que jamais temps de dire tout haut notre mécontentement !

Le Cameroun est en quête de quiétude. On peut ressentir cela dès la base même du bien être : le pain quotidien. Il est vrai qu’il appartient à tout un chacun de trouver un travail pour subvenir au moins à ses besoins les plus élémentaires. Mais le pouvoir en place y est responsable pour une large partie en créant un environnement instable.

La misère, l’injustice sociale, l’absence de liberté et la négation de l’Etat de droit, finissent toujours par faire sauter les soupapes de sécurité multiples et toutes les barrières dressées sur les chemins du combat populaire pour l’émancipation et le bien-être.

Nos dirigeants actuels ne préparent pas les Camerounais aux idées de droits de devoir, de justice, d’égalités… On ne les forme pas aux idéaux de patriotisme mais à ceux de népotisme de corruption et de mendicité.

La République du Cameroun donne l’image d’Etat idiot, qui ne sait pas où il va, et dans lequel les valeurs nobles ont disparu. Ceux qui devaient être nos lumières nous ont plongés dans les ténèbres de la bêtise humaine.

Les analystes s’empoigneront longtemps sur la nature des causes proches et lointaines, directes et indirectes de la paupérisation éhontée de nos populations.

Depuis des décennies on ressent chez nous ce besoin de vivre la paix sociale. Les hauts responsables de l’Etat ont ils le courage de passer une semaine en brousse sans leurs conforts quotidiens et y affronter, sans aucune garde rapprochée, la peur au ventre chaque fois qu’il fait nuit ? Nos dirigeants, élus ou de facto, ont ils vraiment pris conscience de la gravité, de l’ampleur du dégât qu’ils ont causé ? Ont ils pris le temps de se taire et d’écouter le peuple ? Ont ils à cœur cette paix sociale sans laquelle rien ne va ? Hélas, les faits et leurs agissements ont toujours montré une réponse généralement négative !

Les raisons de notre descente aux enfers, sans toute fois prendre le risque de nous tromper, se résument en quelques mots : la marginalisation politique des populations, leur exclusion des processus de décision et de choix politiques qui affectent le destin du pays.

Les exemples similaires sont nombreux. Il faut simplement que cela cesse car, il n’y a aucun bonheur, développement et démocratie là où le piston fait et défait les hommes.

Un dirigeant qui sait que sa survie politique dépend de la sanction que lui réservent les électeurs s’assurera bien que sa gestion cherche en permanence à trouver des solutions aux problèmes de ses administrés. Au Cameroun, nous sommes encore loin de réunir cette condition institutionnelle fondamentale.

Nous devons nous hâter de résoudre ce problème, faire en sorte que la population retrouve enfin son statut de Patron et les dirigeants celui de ses dignes Serviteurs.

C’est à cette condition que les tenants du pouvoir pourront enfin commencer à travailler pour l’Homme de la rue, lui qui est le vrai maître des ressources du pays.

Pour y parvenir, les Camerounais devraient bannir de leur logiciel mental le virus inoculé par les dirigeants au pouvoir, avec pour tête de file le dossard numéro 35 (le nombre d’années qu’il est resté au pouvoir) qui refuse d’être remplacé alors qu’il a lui-même contribué à détruire le terrain dans lequel il est en train de jouer sans relâche.

Quand le peuple ne dit rien, ça ne veut pas dire qu’il est d’accord ! Son silence est un cri strident. Il faut être humble pour l’entendre !

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