À force de théoriser sur la prééminence d’un Paul Biya «maitre des horloges», le ministre de l’Administration territoriale (Minat) est perçu comme «brouilleur» de la parole gouvernementale sur le terrain.

Cela restera comme l’une des images fortes de Paul Atanga Nji dans la région du Sud-Ouest. Interrompu par une dame très remontée, le Minat n’a pas pu déployer efficacement sa communication à Kumba, le 27 octobre 2020. Dans sa forme et son intensité, le charivari a bien montré que l’heure est effectivement à la gravité et que certains politiques en visite en zone anglophone du pays doivent des comptes aux populations.

«Cela est d’autant plus vrai qu’au début de la crise, Paul Atanga Nji avait déclaré qu’il n’existe pas de problème anglophone au Cameroun», se rappelle Lewis Abongwa. Du point de vue du sociologue politique, cette posture du Minat a davantage cadenassé les esprits au point de les rendre plus enclins à la violence qu’au dialogue, parce que vulnérables au bon vouloir des aiguilleurs du ciel séparatiste.

Culte

Malgré cette «bourde», le secrétaire permanent du Conseil national de sécurité est toujours envoyé en première ligne pour affronter les populations. La semaine dernière, en débarquant dans la région du Sud-Ouest à la tête d’une importante délégation interministérielle, il savait parfaitement où il mettait les pieds. Comme d’habitude, Paul Atanga Nji a renoué avec l’exercice du culte à Paul Biya dans un contexte troublé par le drame survenu le 24 octobre 2020 au groupe scolaire bilingue Mother Francisca International à Fiango, un quartier de Kumba. Comme s’il était descendu du ciel, le Minat s’est lancé, s’écartant allègrement du sujet qui occupe ses interlocuteurs. Sur le vif, le divorce avec ces derniers est vite signé. Le tollé immédiat. Le tout pour alimenter encore le procès en «arrogance» déjà instruit de longue date contre sa personne. Et du coup, son discours, qui s’est voulu pédagogue, n’a pas eu l’effet escompté.

Savoir se taire

Au sein de l’opinion publique, l’on pense que l’accumulation de telles maladresses est à la fois dommageable et dangereuse pour le retour à la paix dans la partie anglophone du pays. «Pour éviter un autre travers de trop sur le chaudron du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, émet André-Michel Bessong, un des fondamentaux est de faire taire le plus de personnes possibles: pour être maitrisée quand la tempête est là, la communication sur le terrain doit reposer sur un nombre très restreint de personnes habiles». La réalité qu’observe ce spécialiste de la communication politique est que «ces derniers temps, nombre d’erreurs sont commises, desservent la perception du gouvernement et renvoient une image peu rassurante aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest».

«Il est étrange de voir un ministre s’entêter parfois à jouer au maitre de la situation quand il faut être humble et à l’écoute, pour avoir la main qui tremble quand le peuple est prêt à jouer la carte de l’union sacrée au nom du malheur commun», peste Jean-Marc Bikoko. De son point de vue, il y a un gros risque d’allier coups de menton verbaux et irrésolution de la crise. Dans un autre développement, le syndicaliste reste constant.

«Il est temps d’évacuer de la scène les acteurs non indispensables et qui accumulent les erreurs; il faut aussi que notre président incarne dans sa chair ce que le pays traverse. Jamais ils ne doivent prendre la parole sans que l’on ne sente dans leurs yeux, leurs gestes et leur verbe qu’ils portent la douleur des familles qui ont vu mourir un de leurs proches», avance-t-il.

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