Nombreux sont nos amis de la résistance qui sont venus à moi pour me demander mon opinion sur l’idée de la refonte du MRC, dans l’optique de ce que mon frère et ami, Me Christian TIMBANE BOMO appelle le “GRAND MRC”.

L’idée à priori est séduisante et est à l’image de son auteur, inspirée d’une vraie générosité intellectuelle et de la croyance en des valeurs philosophiques et morales, gouvernant sa démarche vers autrui.

LA POLITIQUE C’EST AUSSI L’ART DU POSSIBLE

L’idée Politique n’a de sens que dans la mesure où elle peut trouver sa matérialisation sur l’échiquier de la praxis. Un parti politique comme le MRC est une institution qui a son histoire, sa vie. Ceci se décline à travers un ordre institutionnel qu’il s’est donné, lequel est incarné par des Hommes. Dans la religion comme en politique, on ne va pas au ciel comme si on n’était passé par la terre. 

La refonte – réinvention du MRC, qu’on appellerait un GRAND MRC, renvoie un message subliminal selon lequel, le MRC tel qu’il est, ne fonctionne pas bien… 

Personne ne peut durablement contester le fait que le MRC devra se réinventer pour faire face aux challenges à venir. Mais ceci ne devrait pas occulter la réalité politique du Cameroun : le MRC en l’état, est de mon point de vue et de celui de nombreux observateurs, le parti politique le plus puissant au Cameroun. Il le doit évidemment à l’exceptionnelle personnalité de son leader, mais aussi à ces petites mains de la Renaissance, qui depuis plus de 08 ans déjà, parcourent les routes chaotiques de Guidiguis, de Zoétéle, de Djebem, de Yingui, de Babouantou, de Tombel…pour vendre les idées de la renaissance. Tel le marin qui connaît le bruit de la mer, ces gens désormais sont aussi la force du MRC ; des logiques de composition politique qui ne tiendraient pas compte de ces réalités complexes, ressembleraient simplement à un saut dans le vide voire à un suicide.

MAURICE KAMTO A RENCONTRÉ LA QUASI-TOTALITÉ DES PERSONNALITÉS PRO-CHANGEMENT AU CAMEROUN 

Les personnalités de premier plan qui se sont illustrées par leur capacité à porter des idées en faveur du changement politique au Cameroun et à les implémenter, ont quasiment toutes été physiquement approchées ou assidûment draguées par Maurice KAMTO. Je ne tiens pas cette information de ce dernier, mais bien de la plupart ces personnalités que je connais personnellement…

Pense t-on sérieusement que Célestin MONGA, Achille MBEMBE, Etienne SONKIN, Jean Michel NINTCHEU, PENDA EKOKA, YONDO BLACK, FOMUNYUNG, AKERE MUNA, AGBOR BALA… éprouvent le besoin de se faire supplier pour prendre leurs parts dans le changement ? En réalité, ceux d’entre eux qui ne se sont pas encore engagés ou réengagés dans la dynamique incarnée par Maurice KAMTO, sont soit guidés par des logiques de tactiques politiques, soit par des logiques d’opportunités ou de timing, soit simplement par une non adhésion à l’opposition telle que incarnée par Maurice KAMTO. On n’a pas besoin d’être du MRC pour prendre sa part dans le changement. Ni Maître Alice NKOM, Ni Me TIMBANE, ni VALSERO, ni PENDA EKOKA, ni moi même n’en faisons partie…

LA FÉDÉRATION DES FORCES N’EST PAS UNE ASSOCIATION DES CONTRAIRES OU DES MISÈRES

L’idée du GRAND MRC de Me TIMBANE, pose de manière cruciale la question de l’indispensable opération-clarification dans la politique camerounaise, notamment celle de la redéfinition de l’opposition au Cameroun aujourd’hui.

Par la fraude, par la violence, le régime de BIYA a insidieusement inoculé, dans l’opposition et dans le subconscient du peuple camerounais, l’idée d’un impossible changement au Cameroun. Ceci a eu comme conséquences pour le peuple, un désintéressement, un éloignement, une désaffection de la chose politique et donc des urnes, et pour l’opposition, une profonde révision de ses prétentions politiques, à défaut de pouvoir envisager vigoureusement, la démarche insurrectionnelle populaire, qui semblait de facto être la seule réponse à la violence politique qui s’abattait sur elle.

Par des renoncements successifs donc, l’opposition s’est donnée une nouvelle ambition, exister, se planquer, obtenir les strapontins politiques que le pouvoir de Yaoundé veut bien lui concéder. Finalement, céder à la tentation des ors du pouvoir.

Les élus de l’opposition, désormais constitués en une aristocratie politique, se sont embourgeoisés, ont établi avec le pouvoir, de véritables corridors de la corruption, sont entrés en intelligence avec l’oppresseur, entraînant dans cette démarche les partis politiques dont ils sont issus, lesquelles sont devenus des cautions politiques et démocratiques, d’une des plus vieilles dictatures au monde.

L’OPPOSITION DITE DE LA LÉGALITÉ RÉPUBLICAINE CONTRE L’OPPOSITION DE LA RUPTURE

Ce positionnement politique et institutionnel fait que ces partis apparaissent comme génétiquement hostiles à tout autre parti nouveau ou émergeant, qui se réclame de l’opposition et surtout qui ambitionne non pas simplement d’entrer dans le jeu institutionnel, mais de prendre le pouvoir. L’attitude d’un certain nombre de leaders de l’opposition, leurs silences complices, voire leurs approbations, face à des scabreuses et scandaleuses violations des droits humains et droits politiques sont retentissants.

On a ainsi vu émerger une nouvelle forme de positionnement politique que j’ai qualifié, sous les critiques d’observateurs complaisants, d’opposition de l’opposition. En réalité, beaucoup d’acteurs politiques ne trouvent leurs intérêts que lorsque règne le cafouillage et la confusion qui induisent une absence de clarification dans l’opposition, qui plombe, stérilise l’action politique des forces de l’alternance et fait le lit de la dictature. De nombreux leaders dits de l’opposition aujourd’hui n’existent que par leur capacité à afficher leurs distances à l’égard de Maurice KAMTO et du MRC.

De manière plus décomplexée, des partis politiques et personnalités se réclamant d’une prétendue opposition, qui n’existent désormais que par les égards et les regards du pouvoir de Yaoundé, sont promus, encadrés, protégés, sponsorisés par ce pouvoir. Pourquoi veut-on que Joshua OSHI, Cabral LIBII, BELLO BOUBA et d’autres, élus députés, exigent franchement une réforme du système électoral et une reprise des élections à la faveur d’un Vrai Grand DIALOGUE National qui inaugurerait le printemps politique d’un Cameroun nouveau, sachant que s’invitera dans ces circonstances, l’ogre MRC à cette élection, ce qui anéantirait toute chance pour la plupart d’entre eux de se faire réélire ? 

Quand on veut le changement, on va vers les forces du changement. Inventer une démarche qui ferait le lit de positionnements opportunistes de leaders politiques usés, manquant d’agilité et d’ambition leur permettant de se réinventer ou de partis politiques d’implantation et de rayonnement insuffisants, ne me semble pas en adéquation avec les enjeux du changement au Cameroun. Quand on est de l’opposition, on le démontre, on ne se planque pas.

LA POLITIQUE N’A DE SENS QUE SI ELLE PUISE SON ESSENCE DANS LA VIE DES GENS

L’opposition doit pouvoir se définir au regard des enjeux qui sont ceux d’un Cameroun écrasé par une dictature sauvage, endeuillé par le génocide le plus stupide de l’ère moderne. Ces enjeux ne peuvent se réduire à une simple alchimie politique dont la pertinence n’est pas avérée. Une opposition ne saurait se réduire à une contestation de place et et rang dans un système. 

Comment comprendre, que des personnalités, des partis politiques se réclamant de l’opposition aient pu donner leur caution à une entourloupe biaisée dès sa conception, excluant les principaux acteurs de la crise politique au Cameroun, notamment les séparatistes et le MRC ? Cette démarche a installé résolument un vrai clivage dans la politique camerounaise : le camp de ceux disposés à accompagner le régime dictatorial de Yaoundé dans sa quête d’oxygène pour sa survie et le camp de ceux revendiquant un ordre politique et social nouveau, plus juste. Le boycott des dernières élections par le MRC et ses alliés; élections auxquelles ont participé les formations politiques cautions du «grand dialogue», constitue le point culminant de cette fracture. C’est donc à ces derniers de faire la preuve de leur repentance et non au MRC de prendre le risque de se canceriser dans des alliances contre-nature… Il me semble que le SDF y réfléchit sérieusement, cette réflexion doit inspirer toutes les vraies forces du changement.
 
L’idéal de liberté , de démocratie, de paix et de prospérité ne passera pas par le RDPC. Faut-il encore le prouver ? Les intérêts de ces « institutionnels » sont désormais aux antipodes de ceux du Peuple camerounais.

L’OPPOSITION N’EST PAS CETTE MIXTURE INSTABLE DE TOUT CE QUI N’EST PAS OUVERTEMENT RDPC. 

Le pouvoir politique de BIYA a son « opposition » qu’il bichonne et espère bien pouvoir l’utiliser dans sa stratégie rodée, d’isolement de la vraie opposition. En chœur, ils annoncent la mort politique de Maurice KAMTO et du MRC, absents de l’ordre politique et institutionnel de Paul BIYA. Tel est le nouveau chantier politique de ces alliés illégitimes, qui tiennent leur changement personnel et font désormais tout pour que rien ne change. L’actualité dans PCRN nous indique qu’un élu de ce parti serait sanctionné pour avoir soutenu au sortir des dernières élections régionales, la démarche politique de Maurice KAMTO et du MRC. 

Voilà l’état des lieux. 

Mieux que résister à cette mafia, le MRC doit se réorganiser, se réinventer, innover, renaître de la renaissance, rester absolument avant-gardiste, séduire… Dans quelle direction et suivant quelle démarche ? Ce sera le prochain sujet de ma réflexion.

Me Amédée Dimitri TOUKO TOM
Ancien Conseiller Juridique du SDF
Ancien Secrétaire Provincial SDF- Ouest
Membre Fondateur de la Ligue des Droits et Libertés (LDL)
Ancien représentant Ouest-Cameroun de Human Wrights Watch (Albert MUKON)
Conseiller Juridique de la Fondation MOUMIE
Membre Fondateur et Secrétaire Général du RÉSEAU RESPONDERE ADVOCATUS
Analyste Politique

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