Chapitre VII : La session déterminante de l’ALCAM d’octobre 1958
Octobre 1958, l’Assemblée législative du Cameroun, ALCAM, débat de la date de la proclamation de l’indépendance.

A – Le feu vert de Paris pour l’indépendance ?
Déjà, peu de temps après son accession au pouvoir le 18 février 1958, Ahmadou Ahidjo et le haut-commissaire de la France au Cameroun, procèdent d’un commun accord – pour emprunter un langage diplomatique – à la révision du statut du Cameroun, le 12 juin 1958, en y renforçant l’option du Cameroun à l’indépendance. Ahmadou Ahidjo avait déclaré à cet effet :
« J’avais déclaré dans le programme exposé devant l’Assemblée législative lors de mon investiture que mon gouvernement demanderait à la France d’élargir le cadre de l’actuel statut. Depuis lors, des manifestations de compréhension et de bonne volonté sont venues de toutes parts. Le représentant de la France à l’ONU, le Ministre de la France d’Outre-mer et avant-hier encore, le haut-commissaire, Monsieur Torre, nous ont affirmé que le seul souci de la métropole à notre égard était de permettre à notre pays d’avancer dans la voie de ses responsabilités sans cesse accrues pour parvenir, dans les meilleures conditions possibles au stade ultime de son destin.
Aussi, le gouvernement a-t-il déposé sur le bureau de l’Assemblée un projet de résolution qui tend à demander aux instances françaises :

1/- de reconnaître la vocation de l’Etat camerounais à l’indépendance ;

2/- de transférer à l’Etat camerounais toutes les compétences relatives aux affaires internes du pays ;

3/- et enfin, de conserver l’exercice de la tutelle jusqu’à la proclamation de l’indépendance. (…) Nous estimons que le moment est venu de lever toute équivoque et de fixer les perspectives de notre avenir. C’est pourquoi nous tenons à ce que le nouveau statut porte l’affirmation officielle et solennelle du principe de ‘indépendance du Cameroun »[1].

Un nouveau statut du Cameroun a été de ce fait voté le 12 juin 1958, confirmant encore plus l’évolution irréversible du Cameroun à l’indépendance. Dans un message à la nation à la fin du mois de juin 1958, Ahmadou Ahidjo, en partance pour la France, avait en plus déclaré :
« Camerounaises, Camerounais, vous avez appris par la radio, par la presse, par votre entourage le vote intervenu le 12 juin 1958 au sein de l’ALCAM. Vous avez appris que l’Assemblée a voté à une forte majorité la résolution présentée par le gouvernement que j’ai l’honneur de présider. Cette résolution permet au gouvernement de demander la modification du statut actuel du Cameroun de façon à :

1/- reconnaître à l’Etat du Cameroun son option pour l’indépendance au terme de la tutelle ;

2/- transférer à l’Etat du Cameroun toutes les compétences relatives à la gestion des affaires internes ;

3/- maintenir la tutelle de l’ONU exercée par la France. Comme vous avez dû vous en apercevoir, le gouvernement et l’Assemblée ont pris, par le vote de cette résolution, une décision capitale pour le destin de notre pays. Au nom du gouvernement, je remercie tous ceux qui ont exprimé par paroles ou par écrits leur approbation aux hommes qui, le 12 juin 1958 prenant courageusement leurs responsabilités, ont ainsi donné à notre pays une orientation déterminante. Il faut souligner que cette importante décision s’imposait pour répondre aux aspirations légitimes des Camerounais auxquelles heureusement ont fait écho les déclarations des responsables français laissant à l’Assemblée et au gouvernement le soin de fixer, en accord avec la France, le destin du pays »[2].

En clair, un pas décisif de plus de la volonté française de proclamer l’indépendance du Cameroun assez rapidement avait été franchi à travers le statut modifié le 12 juin 1958. Il ne restait plus qu’à liquider le maquis qu’avait lancé Um Nyobè en protestation de sa non-participation au scrutin du 23 décembre 1956, et ainsi dégager définitivement la voie du pouvoir suprême à son protégé et obligé Ahmadou Ahidjo.
………………….
Avant-propos

Chapitre I :
La question de l’indépendance du Cameroun : l’ONU, la France, la Grande-Bretagne
A – Levée de la tutelle de l’ONU = Indépendance
B – France + Grande-Bretagne : puissances administrantes uniquement
Chapitre II :
La date de l’indépendance selon Um Nyobè : 1955
A – Le flou de l’accord de tutelle sur la date
B – 31 décembre 1955 : levée de la tutelle selon Um Nyobè
Chapitre III :
La date de l’indépendance selon Soppo Priso et Assale Charles : 1957
A – Soppo-Assale : indépendance en mars 1957
B – L’opposition d’Ahidjo, Mbida, Njiné
Chapitre IV :
La mise en garde d’Ahmadou Ahidjo à Mbida sur l’indépendance le 15 mai 1957
A – Le Premier ministre Mbida se prononce pour l’indépendance
B – Ahmadou Ahidjo dénie à Mbida le pouvoir d’évoquer le sujet
Chapitre V :
L’indépendance par étapes de Mbida et sa proclamation en 1968
A – L’indépendance par étapes
B – Dix ans pour la formation des hommes : 1958-1968
Chapitre VI :
La disparition d’Um Nyobè : la voie enfin dégagée pour l’indépendance?
A – Um Nyobè : obstacle après Mbida ?
B – 13 septembre 1958 : une hypothèque levée ?
Chapitre VII :
La session déterminante de l’ALCAM d’octobre 1958
A – Le feu vert de Paris pour l’indépendance ?
B – Une résolution à soumettre à l’ONU
Chapitre VIII :
Session de l’ALCAM du 24 octobre 1958 : fixation de la date du 1er janvier 1960
A – Tsala Mekongo : indépendance le 1erjanvier 1959
B – Ahmadou Ahidjo, Njiné, Soppo, Assale : 1erjanvier 1960
Annexe :
Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux
Enoh Meyomesse
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[1] – A.F.P. numéro 110 du 14/5/1958.
[2] – A.F.P. numéro 141 du 21 juin 1958.

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