Presqu’un mois après le début de la rentrée scolaire 2020/2021 au Cameroun, votre journal est allé à la rencontre d’un humanitaire qui depuis des années, ne cesse de laisser indifférent, de par son coeur d’agneau envers les élèves issus des familles défavorisées du quartier Essos à Yaoundé, dans le 5e Arrondissement de la capitale politique du Cameroun. En effet, il offre des fournitures et des bourses scolaires à plusieurs élèves issus des familles défavorisées. Ce fut encore le cas cette année, la veille de la rentrée scolaire du 05 octobre 2020.  Léopold Fanguem c’est son nom. C’est un Camerounais vivant en Allemagne depuis 15 ans. Il est le président fondateur de l’association caritative S.E.K.T.E.U.R.A. Camer.be est allé à sa rencontre pour un entretien.

S.E.K.T.E.U.R.A c’est quoi ?

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer ma solidarité envers les victimes de la barbarie de Kumba ( tuerie de 07 enfants par balles le 24 octobre 2020, dans une école de la région du Sud-Ouest Cameroun, Ndlr ) et de présenter mes sincères condoléances aux familles explorées. Je profite de cette tribune que vous m’offrez, pour condamner avec la dernière énergie, cet acte de barbarie, et aussi, toutes formes de violence à l’endroit de toute vie humaine.
S.E.K.T.E.U.R.A est une association caritative à but non lucratif dont le but est de lutter contre la pauvreté au Cameroun en apportant un soutien aux enfants issus des couches sociales les plus défavorisées dans le secteur de l’éducation scolaire et de la santé. L’association à été créée en Allemagne en 2018. L’idée de la créer est née lors de mon premier séjour au Cameroun après sept ans passés à l’étranger. Face à la situation préoccupante dans laquelle plusieurs familles vivaient, je me suis demandé comment je pouvais être utile à ces familles désemparées, à la limite de mes capacités, et de façon efficiente. Après une discussion avec un ami de très longue date, Clovis Kamto en l’occurrence, j’ai décidé de créer S.E.K.T.E.U.R.A.

Léopold Fanguem c’est qui ?

Il m’est très difficile de parler de moi-même. Je laisse d’ordinaire le soin à d’autres de la faire. Le romancier français Marcel Pagnol dans son roman intitulé “La gloire de mon père”, dit qu'”il est malaisant de parler de soi”. Toutefois, je m’appelle Léopold Fanguem. Je suis un Camerounais vivant en Allemagne depuis 15 ans. Je suis né à Essos, un quartier chaud et difficile de Yaoundé. J’ai fait mes études à l’école catholique Notre Dame de Victoire de Mvog- Ada, et à l’école publique de Nkolndongo. Le CES de Ngoa Ekelle et le Lycée Général Leclerc de Yaoundé ont été les deux établissements qui ont soutenu mes études secondaires.
Aujourd’hui, je suis pharmacien hospitalier, et je travaille dans la pharmacie du centre universitaire hospitalier de Mayence en Allemagne. J’aime le football comme l’immense majorité des Camerounais, et j’ai une préférence pour la musique engagée comme celle de Valsero, Kery James, Tiken Jah.

Quels sont les objectifs de votre association ?

Améliorer les performances scolaires des jeunes, car nous sommes conscients que dans notre pays, pour avoir la chance d’obtenir un travail décent, il faut être le meilleur, à défaut d’être parrainé ; encourager les jeunes à préserver dans leurs parcours scolaires, et ainsi diminuer le taux d’abandon scolaire qui est malheureusement très élevé dans les familles défavorisées. Il s’agit aussi pour nous, d’améliorer l’accès aux soins de santé des populations vulnérables et démunies, sensibiliser les populations sur les questions de santé, et soutenir les projets de développement socioéconomique portés par les bénéficiaires, et enfin, apporter une contribution à l’éradication des fléaux sociaux.

Qu’est-ce qui a déclenché cet élan de bonté en vous ?

Il faut dire que j’ai grandi dans des conditions extrêmement difficiles. La pauvreté, je l’ai douloureusement expérimentée, et je sais ce que c’est. Lorsque vous êtes issu d’une famille pauvre, vous faites face à plusieurs difficultés et tentations. Pour réussir dans vos études, il vous faut travailler 10 fois plus que les autres, et s’amuser 10 fois moins. Ensuite, il faut avoir de bonnes personnes autour de soi pour vous tenir la main, et bien vous conseiller. C’est cela que je veux promouvoir à travers S.E.K.T.E.U.R.A: le culte de l’effort et de l’excellence malgré les difficultés.

Quel est le bilan de votre association à ce jour ?

Notre association organise chaque année, la remise des prix aux meilleurs élèves. Le 04 octobre 2020 était la 4 ème édition de cette remise de bourses et fournitures scolaires. Conscient de ce que ventre affamé n’a point d’oreilles, nous mettons depuis l’année dernière à la disposition des élèves de l’école primaire de notre zone d’action humanitaire, le petit déjeuner tous les matins, les jours ouvrables. Cela soutient aussi l’activité économique locale. Nous organisons des cours de répétition au profit des élèves dont les performances scolaires sont faibles. Une activité que nous avons malheureusement suspendu à cause des contraintes liées à la pandémie du Coronavirus. En 2019, nous avons organisé une campagne de dépistage et de sensibilisation sur les maladies bucco-dentaires. Nous octroyons aux jeunes, des micro crédits pour des activités économiques pendant les grandes vacances. Pendant celles de 2020, nous avons par exemple offert une machine à coudre à une fille, puis financé son apprentissage pour la couture, sans compter d’autres accompagnements au bénéfice des jeunes. Nous organisons des causeries éducatives avec les enfants et leurs parents. Je profite de cette occasion pour remercier tous ceux qui de près ou de loin participent à la réalisation de nos actions caritatives, notamment nos collaborateurs du Cameroun : Jean Marc Noubissi, Clovis Kamto et Nadège Muriel Ngantcha sans lesquels nous serions peut-être moins présents sur le terrain de l’action.

Des images montrant des écoles primaires, des lycées sous l’arbre dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun vous laissent-elles indifférent ?

Face à ces images, il est très difficile de rester insensible. Ce sont des images qui le touchent profondément, et me renforcent davantage dans ma conviction de devoir apporter ma pierre à l’édifice de construction de la nation. D’ailleurs en 2019, notre association a doté une école maternelle dans le quartier Essos, de meubles en vue d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves. Toujours dans la même année, nous avons soutenu une action de l’association des jeunes pharmaciens du Cameroun ( CPY) qui avait entre autres pour objectif, la construction d’un bloc de latrines dans une école primaire dans la ville de Ngong dans la région du Nord. Nous pensons modestement que nous avons beaucoup à faire pour notre pays le Cameroun, pour que les gens ne meurent plus faute d’un plateau technique adéquat dans les hôpitaux, parce que la médecine a obligation de moyens et non de résultats. Il y a aussi que les chiffres sur la pauvreté au Cameroun sont alarmants, avec près de 40% de la population vivant sous le seul de la pauvreté. Mais cela ne veut pas dire que le gouvernement ne fait rien. Des efforts sont faits par les pouvoirs publics, mais il reste à les intensifier et à les densifier pour que les populations les ressentent sensiblement. La consommation des drogues et stupéfiants reste aussi un grand fléau en milieu scolaire, ainsi que l’industrie pornographique. Nous nous faisons volontaire pour accompagner les autorités dans ce combat.

Quels sont vos projets ?

Célébrer les cinq ans du prix Realengo qui récompense les meilleurs élèves. Ce prix existe avant la création de notre association. Nous comptons ouvrir une bibliothèque au quartier Essos, organiser des cours de remise à niveau pendant les vacances scolaires. Il nous importe aussi de mieux faire connaître notre association, et nous déployer dans d’autres quartiers de Yaoundé, et pourquoi pas sur l’ensemble du territoire national. Pour ce faire, nous devrions travailler de concert avec d’autres associations. Nous avons fait un don en médicaments au dispensaire d’Akono en 2016. Nous n’avons que trois ans d’existence, et c’est en fonction de nos moyens, que nous allons nous déployer. Mais nous ne promettons le ciel et la terre à personne. Ce qui est certain, c’est que nous gagnons en expérience, et allons étendre notre action humanitaire l’an prochain

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