Jamais école n’a suscité au Cameroun autant de polémiques et d’authentiques scandales. Jamais école n’a autant exalté les inégalités sociales, brisé des trajectoires et trahi l’idéal républicain. L’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), puisqu’il s’agit d’elle, a trusté une fois de plus le devant de l’actualité, comme à chaque fois que les résultats de ses concours d’entrée sont rendus publics.

Cette fois-ci, il ne s’agit point de la célébration hypocrite de l’admission d’un conducteur de moto (bendskin) dans cette école, de la déchirure spectaculaire entre le directeur général et le ministre de la Fonction publique pour le contrôle des résultats définitifs des concours ouverts ou du refus du Dg de passer à la régulière le service à son remplaçant…

Il est plutôt question de lourds soupçons de népotisme, de clientélisme et de favoritisme qui jettent le trouble et braque le « peuple des sans godasses » contre l’Enam, mais également contre la petite oligarchie qui fait la pluie et le beau temps au Cameroun. Dans tous les cas, l’idée d’une patrimonialisation de l’Etat par un groupe d’individus qui tiennent les leviers du pouvoir par le hasard de l’histoire, la force du décret ou par quelque filiation fortuite avec quelque tenant de la puissance publique, trouve son expression la plus aboutie dans la chienlit devenue cyclique dans cette école censée formée l’élite administrative de demain, cette école qui a eu le rare privilège d’accueillir le chef de l’Etat à l’occasion de son cinquantenaire.

On aurait aimé que cette prestigieuse école brillât par la qualité de ses diplômés. On eût préféré que ce temple de la formation des hauts cadres de l’administration publique puisse challenger d’autres de la même vocation, dans des pays africains de grande tradition académique, intellectuelle et républicaine et au-delà.
Hélas ! Ces dernières années, il n’ya rien, du moins pas grand-chose, qui puisse fonder d’inscrire l’Enam dans la crème, la fine fleur des grands moules de formation des administrateurs civils, inspecteurs des impôts ou des magistrats.

Le plus choquant, c’est que l’élite gouvernante de notre pays, dont beaucoup d’anciens de cette école, semble se satisfaire de cette image galvaudée, du peu d’estime et de crédibilité que charrie désormais l’Enam au sein de l’opinion publique. Nombreux sont plutôt ceux qui font feu de tout bois pour placer leurs proches et affidés dans cette école, afin de se reproduire ou simplement bétonner leurs arrières, en prévision d’une éventuelle saison de soudure après l’actuel locataire du palais d’Etoudi.

Comme une rose laissée à la merci de la canicule, l’Enam perd donc ses pétales et fane désespérément. Le silence des autorités en charge de la gestion de cette école après les critiques qui fusent sur les résultats des derniers concours est à verser dans l’arrogance triomphante, la tendance je m’enfoutiste répandue, qui veut que le chien aboie, la caravane passe. Il pourrait également s’agir du rictus ou de l’aveu d’un examinateur pris en flagrant délit de tripatouillages et d’injustice.

Par leurs manigances et déviances alléguées, les régents de l’Enam préparent notre future haute administration à une débrouillardise certaine. A cet égard, leur silence ne doit en aucun cas nous réduire au silence.

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