Tout comme un bon chasseur doit savoir abandonner une forêt qui n’est plus giboyeuse, un bon pêcheur quitter des eaux qui ne sont plus poissonneuses, un bon syndicaliste stopper une grève qui ne produit rien, un authentique révolutionnaire doit savoir arrêter une révolution pour laquelle les morts s’accumulent sans résultat : c’est ce que doivent faire actuellement les initiateurs de l’insurrection en cours dans le NO et le SO.

Il n’y a pas de honte à capituler, c’est plutôt véritablement un acte politique fort qui fait avancer, sous une autre forme, la cause pour laquelle on se bat. Elle place l’ennemi devant ses responsabilités en ces termes : « moi j’ai déposé les armes, tu as donc pu découvrir ma colère, résous à présent mon problème par les voies de la politique, puisque finalement c’est toi qui continues à détenir, malgré notre affrontement sanglant, le pouvoir de décision … ». Elle transforme les chefs de l’insurrection, en interlocuteurs respectables, qui démontrent qu’ils ne sont guère de misérables et irréductibles sanguinaires. Elle démontre qu’ils conservent par-delà les morts qui se sont entassés et qu’ils ont provoqués, un brin d’humanité.

Elle les grandit aux yeux de peuple, finalement… Une guerre éclair … qui devient longue … Au commencement, les insurgés étaient extrêmement confiants de l’imminence de leur victoire. Dans leur esprit, tout allait se régler en l’espace de six petits mois maximum. Il n’est que de regarder les vidéos qu’ils ont diffusées au moment du déclenchement de leurs attentats pour s’en convaincre. Il était totalement impossible de leur faire entendre raison. J’ai eu à rencontrer certains d’entre eux à Paris en octobre 2017. Il se dégageait de leur attitude une incompréhensible et extraordinaire, mais irréaliste, assurance. Ils m’ont beaucoup rappelé les Français qui allaient à la guerre en 1914 au mois de juillet, début août, la fleur au canon, des chants de victoire à la bouche, convaincus d’écraser les Allemands avant le mois de décembre, ou les Allemands qui attaquaient la Russie au mois de juin 1941, convaincus qu’avant octobre ils auraient atteint Moscou.

Dans l’un comme dans l’autre cas, les années s’étaient mises à passer, interminables, et la guerre s’était transformée en une gigantesque boucherie. Les pertes s’accumulent … et le moral se perd. Passés les succès militaires du début, qui ne sont en fait que classiques pour des gens ayant conspiré des années durant et attaqué par surprise leurs adversaires, la contre-offensive devient de jour en jour critique pour eux, au point où leurs pertes hebdomadaires se chiffrent désormais à 30, voire 40 guérilleros. C’est une effroyable saignée d’hommes, qui aboutit au chiffre de 100 tués le mois, et 1.000 en une année !!! C’est énorme !!! Aussi, les recrutements sont en train de s’amenuiser, car la source esten train de tarir, les pertes étant trop importantes et extrêmement dissuasives, et obligent en conséquence les insurgés à recourir à des mercenaires étrangers, ce qui, dans leurs discours triomphateurs du début, n’était nullement prévu. Pendant ce temps, l’armée nationale vient encore de lancer un nouveau recrutement de 2500 soldats, faisant ainsi définitivement basculer le rapport de force militaire en sa faveur. L’armée nigériane n’est pas en reste. Elle est entrée dans le conflit, a verrouillé ses frontières et empêche désormais toute infiltration ou replis militaire. Les insurgés sont pris en étau entre deux forces armées gouvernementales. La marine camerounaise veille en mer. Le ravitaillement en armes devient hypothétique.

Les petits fusils et pistolets récupérés sur les morts lors des attaques de gendarmeries et de commissariats de police, ou encore les fusils de fabrication artisanale, sont dérisoires pour affronter l’armée nationale. La population de son côté, qui au début célébrait déjà par anticipation la naissance de ce nouvel Etat salvateur qui allait enfin la délivrer des abominables « francophones », est actuellement en train de profondément déchanter. Rien ne se passe plus comme annoncé. La guerre est en train plutôt de mal tourner, les dégâts deviennent monstrueux, et la victoire à l’évidence, devient improbable… La diplomatie ne suit pas … Un peu d’espoir aurait pu provenir du côté diplomatique. Mais là également, c’est le désenchantement total. Les portes ne s’ouvrent pas. Elles sont irrémédiablement closes, malgré la propagande avec « images à l’appui » au « génocide des anglophones ». Les chancelleries occidentales ne veulent rien entendre, confrontées qu’elles le sont elles-mêmes à des mouvements identiques chez elles. Le mot d’ordre de Mao Tsé Toung, « ne compter avant tout que sur ses propres forces », prend de plus en plus toute sa signification. Les insurgés ont démesurément surestimé les hypothétiques soutiens internationaux. La poche de pétrole du sud-ouest qu’ils brandissent comme moyen de paiement, n’est pas suffisante pour attirer grand monde. Par ailleurs, l’ONU, pour sa part, avait déjà réglé une fois pour toutes au cours de la session spéciale de l’Assemblée générale du mois de mars 1959, la question du Cameroun, son indépendance et sa réunification. C’est un dossier classé. Il figure actuellement aux archives de cette organisation. Il sert à présent uniquement aux chercheurs. Foncha et Muna, une fois évincés du pouvoir y sont retournés. C’est ce qu’il leur a été répondu. Même la Grande-Bretagne ne veut plus rien entendre …

L’UPC au moins en son temps avait été reconnue par des pays étrangers, le Soudan, l’Egypte, le Ghana, la Guinée Conakry, la Chine, l’Union Soviétique, l’ensemble des pays de l’Europe de l’est. Patrice Lumumba avait même offert à Félix Moumié d’héberger à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), le siège du Gouvernement Provisoire de la République Kamerunaise, GPRK, qu’il dirigeait. Nul n’a offert une telle possibilité aux insurgés du NO et SO. Ils se sont plutôt fait arrêter au Nigéria par la police de ce pays, et ont été livrés au gouvernement camerounais. Ce qui n’était jamais arrivé à l’UPC. Les upécistes bénéficiaient de passeports diplomatiques ghanéens, guinéens, algériens, soudanais et égyptiens. La Conférence des Etats indépendants d’Afrique tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 15 juin 1960, avait vu la participation d’une délégation de l’UPC en exil, composée d’Ernest Ouandié et de Castor Osendé Afana. Basés à Conakry, ils avaient effectué le déplacement en qualité de membres de la délégation guinéenne.

Ahmadou Ahidjo, pour sa part, y avait délégué, pour représenter le gouvernement camerounais, son Ministre des Affaires Etrangères, Charles Okala. Ce dernier, dès l’ouverture de la conférence, en avait été élu vice-président. Le soir de l’ouverture de la conférence, les délégations du Maroc, de la Tunisie et de la Guinée Conakry, avaient offert une réception conjointe à laquelle Ernest Ouandié et Castor Osendé Afana avaient été conviés. Aussitôt que Charles Okala les avait aperçus dans la salle, qu’il avait, sans plus demander son reste, quitté la réception, à la plus grande déception de l’ensemble des invités, qui avaient vu, à travers cette rencontre, une possibilité d’amorce de dialogue entre le gouvernement camerounais et l’UPC en exil… Les insurgés actuels quant à eux se sont couverts de ridicule au Congrès américain. La litanie sur le « génocide » des anglophones a très peu intéressé les élus américains, au point où ils les ont priés de ne plus venir les embêter avec leurs histoires… Il faut revenir à la raison … Gagner une guerre de sécession n’est pas chose aisée. Aux Etats-Unis d’Amérique, celle-ci a duré cinq longues et terribles, années en vain, de 1860 à 1865. Le président Abraham Lincoln en a même été tué. Un meurtre pour rien, d’autant plus que la reddition des insurgés s’était déjà produite.

Ce fut la guerre la plus meurtrière du 19ème siècle, très très loin devant celle entre la France et l’Allemagne en 1870. Elle a connu 620 000 morts (360 000 au Nord et 260 000 au Sud) et 400 000 blessés sur une population de 31,5 millions d’habitants. Tous ces morts et blessés pour rien. Total, un million (1.000.000) de victimes … En Irlande du Nord, la guerre de sécession a commencé en 1960, et a duré jusqu’en … 2010 !!! Pour rien également !!! 50 années de tueries inutiles !!! Zéro sécession !!!! Un temps pour la guerre, un temps pour la paix : les Saintes Ecritures… 1 Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil. 2 Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant, 3 un temps pour tuer et un temps pour soigner les blessures, un temps pour démolir et un temps pour construire. 4 Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s’en abstenir. 6 Il y a un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour conserver et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour recoudre, un temps pour garder le silence et un temps pour parler. 8 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. ? C’est avec le Président de la République qu’il faut négocier, et non avec quelle que autre personne, car c’est avec son ennemi, et uniquement celui-ci, que l’on négocie la paix. Ce dernier a tendu la main, au cours de son discours d’investiture le 6 novembre dernier, il faut la saisir, indifféremment de l’opinion que l’on se fait du personnage. C’est une question de bon sens et d’intelligence politique.

Poser comme préalable son illusoire départ, ou lui dénier un pouvoir de décision est tout bonnement stupide, car c’est lui qui détient de manière monopolistique la signature du Cameroun. C’est lui, et lui seul qui peut signer. Il est incontournable. C’est avec Richard Nixon, Président des Etats-Unis, que les Vietnamiens ont négocié. C’est avec Charles de Gaulle, Président de la France, que les Algériens l’ont également fait, et non avec qui que ce soit d’autre. Refuser cette évidence, est criminel, car c’est prolonger inutilement des tueries pour un résultat connu d’avance : nul…

Note de la rédaction: Post de 2018… et qui est encore d’actualité

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