Depuis le 12 octobre 2020, l’opinion publique nationale a pris connaissance de ce que la dette du Cameroun se chiffre à 5766 milliards de fcfa (12,815 millions de dollars) auprès de la Banque mondiale. Pour la première fois, l’institution de Bretton Woods a publié un rapport sur la dette des pays africain ainsi que l’identité de leurs diffrents créanciers.

Il est révélé dans ce rapport qu’entre 2009 et 2019, la dette du Cameroun a connu un accroissement de plus de 4310,1 milliards de FCFA. Plus encore, le Cameroun procède à des emprunts annuels qui inquiètent le secteur économique national. Ainsi, la Chine est devenu le premier créancier du Cameroun qui se positionne de ce fait comme étant le premier pays africain endetté auprès du pays de Confucius.

L’endettement est un procédé normal pour le financement des politiques publiques d’un État. Pour ce qui concerne le Cameroun, l’inquiétude sur ce sujet réside non seulement au niveau du montant mais surtout dans l’accumulation des dettes improductives. Et le plus sidérant est que les fruits de cette course à l’endettement effrénée contraste avec le sous-développement qui ne cesse de plonger et de s’enfoncer.

Le gouvernement, pour tenter de rassurer les camerounais, invoque en permanence la soutenabilité de notre dette en se référant au ratio dette/PIB du Cameroun (environ 30%) qui est inférieur au seuil de non dépassement prescrit en zone CEMAC qui est de 70%. On ne saurait au Cameroun apprécier la dette par rapport au PIB. Le PIB n’est pas un indicateur fiable à partir du moment où personne ne connait le PIB au Cameroun. Est-ce que la production des camerounais en zone rurale est prise compte dans le calcul du PIB ? Plus de 90% de camerounais en zone rurale vous diront qu’ils n’ont jamais vu un agent quelconque de la statistique venir les questionnner sur la quantité de leurs produits écoulés sur le marché. On ne saurait par conséquent faire des calculs de ce ratio sur la base d’un PIB flou et évanescent. Quand bien même ce PIB est connu, on ne fait la course avec personne pour son développement.

Ce qui compte, c’est la maturation des projets, les conditionnalités contenues dans les montages financiers et surtout la transparence qui doit être de mise à travers la publication des contreparties pour l’Etat. Il se trouve qu’il y a un flou entretenu autour des contreparties. Ce qui importe, c’est également l’efficacité des projets pour lesquels la dette a été contractée, leur suivi et leur évaluation. Au Cameroun, il se trouve que les projets ne sont pas sélectionnés sur la base de leur viabilité financière et économique. Il n’y a aucun suivi. Leur impact social réel n’est pas visible pour le commun des camerounais.

Si l’endettement est utile, il faudrait l’encourager. L’endettement utile consiste à contracter des dettes auprès des bailleurs de fonds pour permettre à l’État d’être un État investisseur qui emprunte pour investir et rembourser rapidement cette dette avec la plus-value dégagée. Et que le peuple constate de lui-même à terme le capital engrangé du fait de cette dette. Ce qui importe, c’est l’efficacité de la dette par rapport à son impact dans l’économie.

Si par contre, le peuple ne sait pas à quoi a servi une dette, il y a lieu de s’interroger voire de s’inquiéter. Il se trouve malheureusement que le Cameroun a contracté des dettes pour des projets mal pensés, non engagés, engagés puis abandonnés par la suite. C’est le cas de l’usine de tracteurs à Ebolowa, l’usine de transformation de manioc à Sangmelima qui n’a pas encore produit une seule tubercule de manioc, les abattoirs de volaille à Bafang etc.). On peut citer également des projets dont les coûts étaient quatre ou cinq fois supérieurs aux normes de l’industrie (barrage hydroélectrique de Mekin). Dans le même registre, on peut citer les projets qui ont fait l’objet de modifications sans explications comme c’est le cas avec le chantier du Port en eau profonde de Kribi où il n’y a pas d’infrastructures viaires de qualité et surtout ferroviaires à même de relier cette ville à la capitale économique pour l’acheminement des produits déchargés des bateaux qui y accostent. Pourtant il s’est agi au départ, nous avait-on fait comprendre, d’un complexe industrialo-portuaire. Il est constant que plusieurs projets pour lesquels le Cameroun a contracté d’énormes dettes se sont transformés en éléphants blancs.

Plutôt que de lever les fonds sur les marchés financiers, le Cameroun opte le plus souvent pour les partenaires bilatéraux. Ce procédé nous expose de toute évidence à des taux d’intérêt usuriers au point où d’année en année, le Cameroun n’est en capacité que de rembourser les intérêts et non le principal des différentes dettes contractées qui s’accumulent de ce fait. Pour éviter ces emprunts qui pourraient conduire à terme à un surendettement et donc à une sur-dépendance vis-à-vis de certains créanciers notamment bilatéraux, le Cameroun gagnerait à recourir au partenariat public-privé pour les infrastructures à portée nationale.

Ce choix limitera tout au moins les giga retro-commissions engrangées par les tenants du pouvoir. Il faut un Grand Soir de la dette pour dissiper les malentendus et le flou qui entourent le niveau réel de notre endettement par rapport à notre PIB. Ce Grand Soir doit regrouper tous les spécialistes des secteurs privé et public qui ont une expertise avérée en la matière.

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