« Enseignants: leaders en temps de crise et façonneurs d’avenir.»

C’est souvent du plus profond de l’obscurité que surgit la lumière qui montre et éclaire la voie du futur. Le monde que nous vivons, depuis la survenue de la pandémie de la covid19, traverse la nuit noire d’une de ces crises qui va sans doute changer définitivement la face de la planète pour les années, les décennies à venir. De cette crise naîtra à terme un monde nouveau, sans doute plus brillant et chatoyant, mais l’ouragan qui aura précédé cette gésine aura jalonné la traversée de nombreuses épaves.

Ce nouveau monde à venir n’appartiendra qu’aux peuples dont les leaders, authentiques et éclairés, auront été en mesure d’anticiper sur les innombrables écueils du parcours pour les y conduire. Pour y parvenir, ces leaders doivent déjà comprendre que cette crise est sans précédent dans l’histoire commune de l’humanité.

Touchant durement à ce que chaque peuple a de plus sacré, l’éducation de sa jeunesse, cette crise vient de nous précipiter sans véritable préparation dans le monde froid du digital et du télé enseignement. Déjà les concepts de campus numériques, jusque-là rébarbatifs, prennent corps et s’installent de plus en plus confortablement dans le paysage éducatif.

Comme les réseaux sociaux qui ont profondément transformé la communication et les relations humaines, les campus numériques vont bouleverser radicalement les relations pédagogiques et resculpter l’enseignement comme profession.

L’industrie de l’éducation est en train de prendre forme sous nos yeux, avec ses nouveaux outils qui vont être de plus en plus économes en ressources humaines. Quel Etat ne va pas se féliciter d’un projet qui à terme réduira drastiquement les effectifs d’enseignants qui pèsent si durement sur son budget d’année en année ?

Ce nouveau paysage, si brillant apparaisse-t-il, va cependant créer de nouvelles inégalités : entre le nord plus équipé et le sud peu ou sous-équipé ; dans le sud, entre les zones urbaines plus favorisées et les zones rurales souvent abandonnées à leur indigence ; entre ceux qui ont une couverture internet et ceux qui n’en auront pas de sitôt ; entre ceux qui sont connectés à l’énergie électrique et ceux qui ne le sont toujours pas ; entre les riches, les appauvris et les pauvres ; entre ceux qui travaillent et ceux qui sont condamnés durablement au chômage. Et le pire est peut-être encore à venir.

On n’enseigne pas, dit-on, ce que l’on sait mais surtout ce que l’on est. C’est en cela que l’enseignement a toujours été une humanisation. Sur les campus numériques de demain, les automates vont peu à peu prendre la place de l’humain. Dans un premier temps, les apprenants s’en trouveront mieux : plus d’humeur à affronter, et en prime des horaires d’apprentissage infiniment modulables, des enseignements réglés comme sur du papier à musique… une plus grande efficacité au bout peut-être, mais en même temps, quels produits ? Plus l’éducation va s’affranchir de l’humain, moins ses produits seront humains. Est-ce là l’avenir que nous voulons façonner pour nos
peuples ?

Le moment est plus que venu pour les enseignant(e)s de prendre leurs responsabilités et d’élever la voix de leurs ambitions à la hauteur des enjeux de demain. Ils peuvent aussi choisir de garder le nez dans leur assiette, et se contenter des revendications alimentaires. Ils passeront ainsi à côté du destin qui les interpelle : celui d’être, dans leurs sociétés, des leaders en temps de crise et des façonneurs d’avenir.

Le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) vous souhaite une excellente Journée Mondiale des Enseignant(e)s 2020.

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