Au cours d’une rencontre avec les journalistes, le Chairman du Sdf a évoqué son avenir politique.

John Fru Ndi, l’emblématique leader de l’opposition camerounaise et Chairman du Social Democratic Front (Sdf) n’a plus d’ambition présidentielle personnelle. «Je ne me présenterai plus à aucune élection présidentielle », a-t-il dit jeudi dernier. En précisant toutefois qu’il pourrait à la limite participer à une transition démocratique, pour deux années tout au plus. «A un certain âge et à un certain moment de la vie, vous devez laisser les plus jeunes continuer. Et ils doivent prendre le relais quand vous êtes encore là pour voir ce qu’ils font, ainsi vous pouvez les diriger et les corriger. (…) Les gens pensent que la politique consiste à s’asseoir à Yaoundé ou à Bamenda. Il s’agit d’aller vers les gens, de les sentir. Et si je ne peux plus le faire, il faut laisser une autre personne le faire». 

Une annonce forte, certes, mais qui n’est pas complètement révolutionnaire puisque, pour la première fois depuis la création du Sdf, une personnalité autre que John Fru Ndi a été le candidat du parti à l’élection présidentielle de 2018. Une élection qui s’est soldée par le pire score du parti qui, habitué à se retrouver à la deuxième place, s’est vu cette fois relégué à la quatrième. Dévancé notamment par le Mrc de Maurice Kamto et le Pcrn de Cabaral Libii.

«Je suis fatigué»

«Si notre candidat n’a pas eu un très bon score, il a fait de son mieux», a déclaré John Fru Ndi. Il a indexé le tribalisme qui a investi la politique au Cameroun sans être plus concret, semblant insinuer qu’il avait eu un rôle à jouer dans la débâcle du Sdf en 2018. Le propos du Chairman tranchait pourtant avec son allure. C’est en effet un John Fru Ndi en super forme qui a déclaré qu’il était fatigué. Qu’il n’avait plus la même force que par le passé et qu’il pensait qu’il était venu le temps de passer le relais aux plus jeunes. On l’avait dit très malade depuis un certain temps. Il a par la suite passé plusieurs mois hors du Cameroun avant de revenir en octobre 2020. Depuis lors, il a fait quelques sorties. 

La première au cours d’une messe d’action de grâce à son domicile le 1er novembre à son domicile de Nkolfoulou, dans la banlieue de Yaoundé. Le 12 décembre, il a présidé une réunion du Comité exécutif national du parti. Celui-ci a notamment débouché sur la création d’une commission réconciliation et d’une commission action au sein du parti. La première dirigée par l’Honorable Tchatchouang et la seconde par l’Honorable Nintcheu. Ce qui est un indicateur clair de ce que les choses n’étaient pas forcément au beau fixe dans le parti. 

Et maintenant que Fru Ndi déclare une fois de plus sa décision de se mettre à l’écart, ne va-t-on pas assister à d’autres rudes batailles au sein du Sdf ? La désignation du candidat pour la présidentielle de 2018 ne s’était déjà pas passée sans séquelles ? A quoi doit-on donc s’attendre maintenant ? Un congrès du parti ? Une démission du Chairman ? Le temps est aux spéculations. Et c’est ce qui explique le fait que le sujet sur l’avenir du Sdf et de son leadership a ravi la vedette au sujet même qui réunissait les journalistes à la résidence de John Fru Ndi le 11 février dernier. Il s’agissait d’un déjeuner de presse au cours duquel le Sdf et son Chairman voulaient resserrer les relations avec les médias. 

Presse forte

«Cette rencontre informelle n’est pas destinée aux discours. Elle vise à vous permettre de  vous détendre avec nous loin de vos microphones, caméras et stylos pendant que nous discutons allègrement des choses qui peuvent rendre la presse plus forte et plus indépendante. Le journalisme consiste à rechercher la vérité et c’est cette vérité qui nous permettra de mieux réussir en tant que pays», a notamment déclaré John Fru Ndi. Avant cela, il est revenu sur le combat mené par son parti, dès sa création, pour la liberté de la presse. Il a également cité ce qu’il considère comme les problèmes actuels de la presse : la persécution des journalistes, la criminalisation des délits de presse, la clochardisation des journalistes, le difficile accès à l’information, la prolifération des réseaux sociaux, etc. 

«Mon but en citant ces maux de la presse dans notre pays n’est pas de vous informer sur ces défaillances que vous connaissez mieux que moi, en tant que praticiens de la profession. Je veux plutôt que vous sachiez que cela me préoccupe – c’est pourquoi j’ai toujours été proche de vous et je sais où se trouve votre mal. Mieux encore, je veux que nous travaillions ensemble, en étroite collaboration pour voir comment nous pouvons agir vigoureusement pour sauver la situation. C’est dans cette optique qu’en présentant chaque problème ci-dessus, j’ai suggéré une issue possible. Je ne crois pas à l’opposition sans proposition. Je crois aux solutions basées sur l’action. Bon nombre des solutions que j’ai suggérées pour les problèmes ci-dessus nécessitent un vigoureux plaidoyer et je tiens à vous assurer que vous pouvez compter sur nous pour ce plaidoyer. En retour, nous avons besoin de votre collaboration », a conclu Fru Ndi. 

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