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Le nombre de jeunes qui abrègent leur vie ne cesse d’augmenter.

Jean Crépin Bassong ne verra plus jamais sa nièce, Christelle Ndjock. La jeune élève inscrite en Lower sixth (l’équivalent de la classe de première dans le sous-système éducatif francophone, Ndlr) au Collège polyvalent bilingue Du Vaal à Douala se donne la mort avec une arme à feu dans l’après-midi du jeudi 20 mai dernier au domicile familial sis au quartier Pk12 au lieudit «Emene City » dans l’arrondissement de Douala 5e. Selon des témoignages, le suicide intervient quelques temps après un échange verbal entre la jeune fille et un de ses parents.

La récente disparition de Christelle Ndjock vient ainsi rallonger la liste des jeunes décédés des suites de suicide au Cameroun. Cette année, on a enregistré en avril dernier, entre autres, le cas d’un jeune homme qui se serait donné la mort dans un supermarché au quartier Akwa à Douala. Après avoir effectué ses courses, il se serait présenté devant la caissière avant de sortir un couteau de cuisine pris dans les rayons pour se trancher la gorge. Bien avant lui, c’est Hanah Judith, étudiante à l’Université de Dschang qui a opté pour le suicide en janvier 2021, en consommant un raticide. L’étudiante inscrite en licence 1 à la faculté des Sciences économiques et de gestion dans ladite institution universitaire aurait été battue par son frère ainé qui lui reprocherait le fait d’avoir réprimandé son cadet.

Société

Des faits comme ceux sus-évoqués, se multiplient davantage au Cameroun. Au point où on serait tenté de croire que, s’ôter la vie, prend des proportions chez des jeunes devenus sans doute moralement fragiles. Ce qui contribue, malheureusement, à multiplier ainsi par quatre, le taux de suicide au Cameroun. Surtout que, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), ce taux est passé de 4,9 en 2012 au Cameroun à 12,2 pour 100 000 habitants en 2016. Le taux de suicide au Cameroun est ainsi estimé par l’Oms à 19,5 pour 100 000 habitants.

Ces chiffres classent le Cameroun parmi les 10 pays africains à avoir enregistré le taux de suicide le plus élevé entre 2000, 2016 et 2019. Sur la question, l’organisation « Suicide in the World, Global Health Estmates », dans un rapport publié le 9 septembre 2019, indique que pour un total de 2864 victimes au Cameroun, on a 864 femmes et 2003 hommes. « Cela s’explique par le fait que les garçons emploient le plus souvent des moyens comme les armes à feu ou la pendaison qui causent plus facilement la mort que ceux utilisées par les filles qui ont recours à la surdose de médicaments et à l’automutilation à l’aide d’un objet tranchant par exemple », explique la psychologue Mireille Ndje Ndje.

Malgré les causes dues au manque de confiance et d’estime de soi, la confusion dans les idées, l’impression que l’avenir est sombre, le sentiment de ne pas exister, d’être mal aimé ainsi que les pressions venues de l’extérieur, telles qu’énumérées par Mireille Ndje Ndje, les morts des suites de suicide sont vues d’un mauvais oeil par l’opinion publique. « On copie vraiment le mauvais côté de la télévision. On y voit les gens se donner la mort au point où on finit par le transposer dans nos vies en oubliant qu’on n’est plus là dans un film », se désole Pierre Ayissi, un père de famille. Il poursuit d’ailleurs en affirmant que, comme le sexe est devenu banal pour la jeunesse, c’est aussi qu’au moindre mécontentement, on se donne la mort.

Les hommes d’église ne pensent pas le contraire. Puisque, évoquant ce phénomène, le Père Joseph Aysissi, pense que les jeunes n’ont plus la notion de la crainte de Dieu à cause des mauvaises doctrines qui, de nos jours, leur font croire qu’ils peuvent être maîtres de leur propre destin, sans l’appui de qui que ce soit. Selon ce prélat, c’est pourquoi ces jeunes n’arrivent plus à supporter de nombreuses pressions de la société. Son collègue explique que selon « l’Église catholique, dans son catéchisme (2283), le suicide pour les jeunes est un scandale grave, un geste fatal. C’est un péché contre le cinquième commandement, car Dieu seul est maître de la vie. Nous ne sommes pas propriétaires nos propres vies, mais des intendants. Ce phénomène est de plus en plus récurrent chez les jeunes par manque d’accompagnement spirituel dans le processus de suivi de leur éducation ».

Souffrance

Pour l’anthropologue François Bingono Bingono, le programme de société qui se pose à la jeunesse africaine contemporaine est le très grand déphasage qu’on remarque entre l’introduction dans la culture patrimoniale de nos diverses sociologies et un manque de maîtrise totale de la culture occidentale que nous adoptons. Ce qui veut dire que l’Africain de l’époque d’hier savait bel et bien que nous ne sommes pas venus ici-bas pour y demeurer, nous sommes juste de passage. Et pour assurer la survie communautaire, chaque individu travaillait de telle manière qu’il puisse atteindre au moins la maturité, qu’il puisse laisser des actes qui l’honorent. « On ne peut pas avoir toutes ces données-là tant qu’on est jeune. Alors l’Africain s’arrangeait à retarder autant que faire se peut l’échéance de la mort, afin que celle-ci n’arrive que quand on peut vous présenter lors de vos obsèques comme un modèle sociétal. Aujourd’hui, on a l’impression que le jeune est tendu vers un lucre prématuré et précoce. Et quand il se rend compte que le chemin pour aboutir à une grande maturité matérielle est trop ardu, il y a certains qui se donnent la mort », conclut-il. A sa suite le sociologue Hervé Lam ajoute que le suicide des jeunes relève du fait de la désintégration au niveau familial, professionnel, politique et même religieux. « Du moment où un être humain ne se sent en marge de la société ou que ses attentes ne sont pas prises en compte, l’issue est très rapidement de se donner la mort. « Le suicide en milieu jeune résulte donc de la désintégration de ce milieu. Une désintégration qui prend corps dans le chapitre de la rupture de lien interculturel dans le sens où les générations d’avant ne servent plus de courroie de transmission aux générations futures ».

Dans le sens de relativiser, la psychologue, Mireille Ndje Ndje, explique que la jeunesse est une période qui comporte de grandes inquiétudes et de nombreux changements. C’est pourquoi les jeunes doivent confronter les difficultés de la transition à l’âge adulte. Une période de la vie qui d’après elle, peut souvent entraîner une confusion qui isole le jeune de sa famille et de ses pairs. « Le suicide ne saurait être un raccourci. Une personne qui se suicide est une personne en souffrance, c’est une personne qui n’a plus la capacité de résister. Il ne faut pas y voir de la lâcheté ». Il y a lieu de s’en inquiéter.

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