Hommage Prononcé publiquement à Batié le 31 octobre 2020 à l’occasion des obsèques de notre camarade président de l’Union des populations africaines…

Hubert Kamgang aimait à raconter sa première rencontre avec le mouvement upéciste. Il était alors enfant à Batié, le pays de ses ancêtres, et la guerre d’indépendance menée par l’UPC battait son plein. Le petit futé, détecté comme aiment le faire les upécistes dans la jeunesse kamerunaise, devait alors porter les messages des maquisards. Il n’avait pas à l’époque la capacité de prendre la mesure de l’importance et de la gravité de ses actes, mais cinquante ans plus tard, il en était très fier. Il devait aussi être un peu peiné de n’avoir pas poursuivi sur ce chemin après avoir quitté Batié.

C’est dire combien il a dû se sentir heureux de retrouver cet amour de jeunesse qu’est la lutte pour un Kamerun indépendant quand au début des années 1990, il écrit l’analyse de la situation non démocratique de l’Afrique centrale qui lui vaudra de perdre une place prestigieuse et confortable dans la fonction publique de l’UDEAC. C’est ainsi que nous avons retrouvé ce camarade de lutte pour le triomphe du panafricanisme. Lui dans l’Union des populations africaines (UPA), nous au Manidem. Débarrassé qu’il était du poids de l’histoire et des conflits upécistes, il s’est rapidement positionné avec son message avant-gardiste : l’Afrique ne peut pas s’en sortir avec des Etats faméliques comme le Kamerun. Et l’outil pour bâtir une Afrique puissante qui résout ses problèmes principaux et fait face décisivement aux prédateurs c’est la monnaie ! Il avait vu juste en adaptant à notre époque le message de nos illustres devanciers africains dont Kwamé Nkrumah.

C’est donc naturellement qu’après sa participation à la présidentielle de 1997, puis à celles de 2004 et 2011, nous avons pu discuter de la nécessité de travailler ensemble à la réalisation de l’idéal que nous chérissons. C’est ainsi que nous avons créé en 2012 le Front progressiste et panafricaniste. Le camarade Kamgang y était pour représenter l’UPA, et former avec le MOCI de Yimgaing Moyo et notre Manidem, une lampe pour éclairer les Kamerunais sur les vrais enjeux de notre société. Nous avions avancé au point où le camarade Kamgang exprimait le vœu de faire fusionner nos partis.

Hubert Kamgang écrivait alors : « Le régime néocolonial est bien en place. Pour le renverser, pour modifier le rapport de forces, il faut en face une force au moins équivalente. Il est grand temps que soient rassemblées toutes les forces upécistes et néopanafricanistes révolutionnaires authentiques. Il s’agit évidemment d’autre chose que de ces regroupements qui utilisent le prestigieux sigle UPC pour collaborer avec le régime néocolonial et négocier leurs prébendes à la « mangeoire nationale. »

Quand on voit à quel point le camp d’en face, composé des partis favorables au néocolonialisme, s’est développé et détruit le Kamerun, on peut féliciter le camarade Hubert Kamgang d’avoir compris cette nécessité impérieuse.

Cependant, reconnaissons-le sans ambages, ce Front progressiste et panafricaniste n’a pas beaucoup impacté la vie politique nationale. Les différences d’appréciation ne nous ont pas permis d’avancer davantage. Il faut cependant se féliciter d’une chose, nous avons partagé les mêmes vues et indiqué à nos compatriotes quelle est la meilleure voie à suivre.

Dans un pays où la politique se résume aujourd’hui à s’aligner derrière le messie de sa communauté tribale ou régionale, le camarade Hubert Kamgang a fait le choix qui s’impose aux gens de bon sens qui aiment le Kamerun et l’Afrique. Cela lui a valu des quolibets comme il nous l’a dit plusieurs fois. Il a fait face à l’incompréhension. Il a semé et entretenu le champ du panafricanisme devant des compatriotes parfois interloqués. C’est dire qu’il a fait son job ! Perdant le prestige de haut fonctionnaire pour faire prendre conscience aux paysans dans la misère, aux vendeurs de cacahuètes et à l’étudiant désargenté de l’origine de ses malheurs… Combien dans la soi-disant élite peuvent accepter tel sacrifice pourtant incontournable si nous voulons vraiment changer notre société ? Lui, l’a fait. Il a bien pris part au combat et marqué son temps. Notre camarade mérite donc d’être cité en exemple aux jeunes générations ici à Batié, dans le pays et même ailleurs en Afrique.

Ce n’est donc pas un homme mort que nous sommes venus saluer ce jour, car celui qui meurt, c’est quiconque quitte ce monde sans rien faire pour les siens, celui qui part sans contribuer à rendre le Kamerun libre et juste. Celui-là ne rejoindra pas le cercle des ancêtres méritants dont la postérité se souvient comme on se rappelle avec amour de Tchundjang Pouemi, de Marcus Garvey et du plus grand des Kamerunais vers lequel Hubert Kamgang retourne maintenant, Ruben Um Nyobè.

Au revoir camarade Hubert Kamgang et merci d’avoir fait ta part !

Le Manidem te salue et te remercie.

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