Le Président de la République a signé le 29 Mai dernier une ordonnance revoyant à la hausse la loi de finances 2019. La nouvelle enveloppe budgétaire passe ainsi de 4850.5 milliards de FCFA à 5212 milliads.de FCFA.

Dans les milieux de la finance publique au Cameroun, le débat sur une éventuelle augmentation du budget de l’Etat pour l’exercice 2019 occupait d’ores et déjà des conversations. Deux thèses s’affrontaient pour cela sur la question. La première, était celle   d’une révision à la hausse du budget de l’Etat, relativement, selon cette thèse, aux prescriptions du Fonds Monétaire International (FMI), inscrites dans la quatrième revue de cette institution financière de Bretton Woods. Laquelle revue préconisait déjà un ajustement budgétaire 2019 par les autorités camerounaises, de manière à tenir compte de la hausse des recettes attendues et à incorporer les besoins de dépenses liés aux prochaines élections et aux subventions aux carburants.

 La deuxième thèse est née du retrait par la CAF de la CAN 2019, au Cameroun, intervenu le 30 novembre 2018, et la nécessité dès lors, d’arrimer la loi de finances 2019 présentée le 21 Novembre 2018 à l’Assemblée Nationale, aux nouvelles réalités du pays. Cette thèse, abondamment développée par de nombreux experts, trouvera l’assentiment du mouvement patronal Camerounais (GICAM) qui, par la voix de son président déclara le 13 Décembre 2018, la chose suivante : « Il vous souvient que dans son programme économique, financier, social et culturel du gouvernement pour l’exercice 2019 présenté à l’Assemblée nationale le 21 novembre 2018, le Premier ministre a cité les préparatifs de la CAN comme troisième enjeu ayant présidé au cadrage budgétaire de l’Etat. Sans la CAN, il est donc fondé de penser que l’Etat aura du mal à mobiliser les ressources projetées. Sans la CAN, certaines dépenses ne sont plus à l’ordre du jour. »

 Il aura donc fallu quelques jours à Paul Biya pour se décider et choisir la voie d’une révision à la hausse de la loi de finances 2019, préconisée par le FMI. Les Camerounais l’apprendront par le biais d’une ordonnance présidentielle, signée en date du 29 Mai 2019. Outre l’augmentation de l’enveloppe budgétaire de l’Etat qui passe de 4850.5 milliards de FCFA à 5212 milliards de FCFA, soit une hausse de 361,5 milliards de FCFA, qu’est ce qui va concrètement changer ?

D’abord sur le plan fiscal. A la lecture de l’ordonnance présidentielle du 29 Mai dernier, il ressort clairement que les projections de croissance n’ayant pas été revues à la hausse, la loi de finances 2019 révisée pourrait entrainer pour les semaines à venir, une légère augmentation de la pression fiscale pour le contribuable.

 Ensuite, sur le plan managérial. La loi de finances révisée va entrainer au sein de certains ministères et autres institutions publiques, plusieurs aménagements budgétaires. C’est ainsi que le Ministère des Travaux Publics recevra en plus 47,58 milliards de FCFA, sur les près de 362 milliards de FCFA de départ. Le Ministère des Sports et de l’Education Physique pour sa part, obtiendra 44,06 milliards FCFA en plus, à ajouter à ses 57,718 milliards de FCFA. Et 23 milliards de FCFA seront attribués au Ministère de l’Eau et de l’Energie, pour une enveloppe initiale de 242,871 milliards de FCFA. On pourra également noter une légère baisse de 13 milliards de FCFA, dans l’enveloppe du Ministère de la Défense.

Enfin sur le plan politique. Initialement créditée à hauteur de 50 milliards de FCFA, l’enveloppe budgétaire consacrée aux élections municipales et législatives, en principe prévues pour le mois d’Octobre, augmenterait de 30 milliards de FCFA, selon des sources internes au Ministère des Finances. Ce qui porterait cette enveloppe à 80 Milliards de FCFA.

Bien plus, La loi de finances ajustée confirme que le Cameroun s’endette pour rembourser sa dette. Sur une hausse des recettes de 361,5 milliards de FCFA, 240 milliards sont des emprunts. Et pourtant, 225,57 milliards de FCFA de ces recettes devraient être consacrés au service de la dette. Donc, l’argent supplémentaire emprunté va pratiquement ressortir pour payer la dette. Par ailleurs, le Fonds Monétaire Internationale justifie cet ajustement en ces termes :« Le budget révisé prévoit aussi l’accélération de la mise en œuvre des projets d’investissement financés sur ressources extérieures qui sont en cours sur la base d’un plan de décaissement » La répartition effectuée toutefois, pour ce qui est des nouvelles poches de recettes, obéit à la logique suivante : 121,5 milliards de FCFA de recettes propres (dont 56 milliards de recettes pétrolières et 24, 5 milliards de recettes fiscales) et 240 milliards de FCFA d’emprunts (dont 188 milliards d’emprunts extérieurs).

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