Le 7 mai 2019 à Yaoundé, le ministre du travail et de la sécurité sociale Grégoire Owona, signait une convention collective avec l’organisation syndicale des travailleurs des sociétés de gardiennage, les employeurs et les administrations. Une convention collective étant un texte écrit qui complète le Code du Travail dans la réglementation des contrats de travail et de leur exécution au sein d’une branche. Il s’agissait ici donc de signer des accords qui permettront de tenir compte des exigences du travail de gardiennage dans le traitement salarial. Le document signé en 2019, était en négociation depuis 6 ans, signe que cela n’a pas été facile. Et il ressortait des accords du 7 mai que le traitement salarial des employés de ces sociétés de gardiennage sera revalorisé de 3 à 18% des  salaires de base, en plus de l’amélioration des conditions de travail.  

D’après André Nkou, un membre de la confédération des travailleurs, avant cette révision, la base de la 1ère catégorie était à 32 460 F Cfa et devait évoluer à 36 000 pour atteindre le salaire minimum interprofessionnel garanti, la deuxième catégorie était à 42000 F Cfa et devait  monter à 50 000 F Cfa, la 3ème catégorie qui  était à 50 400 F Cfa devait passer  à  53 000 F Cfa. Au micro de la télévision d’Etat, le ministre du travail avait eu ces mots : « Je ne devrais plus voir dans un barème de salaire, un montant inférieur à 60 000 F quand on est dans un secteur tertiaire ou secondaire. » La convention collective signée ce mois de mai 2019 devait entrer en application le 1er janvier 2020. 

En pâture

Qui sont les employés des sociétés de gardiennage. Il s’agit de ces vigiles placées devant les bureaux des structures privées surtout, des immeubles abritant plusieurs services, devant les domiciles privés et autres pour en assurer la surveillance. Ils travaillent en principe de 6h à 18h ou de 18h à 6h, soit 12h de temps par jour. Ils sont recrutés par des sociétés de gardiennage qui leur donnent en principe une formation avant de les placer chez le client. Ce dernier ne paye pas le vigile directement parce qu’il travaille devant sa porte, c’est à la société que l’argent est versé sur facture, laquelle paie le vigile sur la base d’un contrat. Et c’est dans ces transactions que le malheur du vigile commence. Sa société employeuse le place par exemple à une entreprise ou un privé pour des sommes variant entre 150 000 et 250 000 francs le mois ou plus, mais il ne reçoit en fin de compte qu’un salaire variant entre 50 000 et plus, en fonction de son grade. Les entreprises ou les privés clients paient sans faille les factures aux sociétés, mais elles réussissent l’exploit d’accumuler les mois d’arriérés de salaires pour ces travailleurs.

Très mal lotis dans leurs emplois, la majorité est obligée de trouver un second emploi le jour ou la nuit en fonction de la période de travail. Conducteur de taxi ou moto taxi, coursier, homme ou femme de ménage, ils ne crachent sur rien pour survivre finalement. C’est pour cette catégorie de travailleurs, que le ministre du travail a paraphé un document qui autorise à les payer entre 36 000 francs et  53 000 après revalorisation comme l’expliquait ce représentant des travailleurs. 53 000 francs, c’est-à-dire moins de 2000 francs par jour, ou 200 francs de l’heure.

Conditions misérables 

Certains patrons d’entreprises clientes, au vue des conditions des vigiles postés chez eux, ont été obligés d’inscrire dans leurs budgets une ration journalière pour ces derniers, malgré des fortes sommes qu’ils paient déjà chaque mois à la société qui les emploie. Mboua Massock décrit le travail des vigiles au Cameroun comme l’esclavage grandeur nature, qu’on croyait dans la poubelle de l’histoire. Un esclavage perpétué par les promoteurs de ces sociétés qui en fin de compte se construisent une fortune sur le dos des pauvres enfants qui dorment à la belle étoile, ou passent la journée sous le soleil debouts, exposés aux attaques des malfaiteurs et qui finissement parfois en prison juste parce qu’il y a eu un braquage dans la structure qu’ils gardent.

Des promoteurs des sociétés de gardiennage qui jouent également avec des investissements des autres. Une entreprise ou un privé qui se tourne vers une société de gardiennage pour assurer la sécurité de sa structure ou de son domicile, est consciente des investissements consentis, et c’est pour cela qu’elle se résous à débourser suffisamment d’argent pour avoir deux vigiles de jour et de nuit. Mais quand elle doit se retrouver à nourrir celui qui est supposé le garder parce qu’il n’arrive pas à le faire lui-même, cela représente un danger. Un vigile payé à 50 000 francs le mois ne peut pas assurer la sécurité d’un investissement à hauteur du milliard, cela n’est pas possible, il peut faire semblant mais il s’en moque à la limite, raison pour laquelle il est souvent le premier à se cacher quand il y a un danger réel.

Le quitus du gouvernement 

Pour dire simplement, la convention collective paraphée depuis mai 2019, et dont les sociétés de gardiennage se moquent d’ailleurs, n’est autre chose qu’un accord d’esclavage, un quitus donnée par le gouvernement aux promoteurs des sociétés de gardiennage pour perpétuer une pratique d’exploitation humaine honteuse et odieuse. Le gouvernement, qui agrée ces sociétés de gardiennage à travers le ministère de l’Administration territoriale, devrait exiger comme l’une des conditions que les employés aient un salaire digne, un minimum qui permette d’entretenir une famille dans une ville comme Douala où Yaoundé, et veiller surtout à ce que cela se fasse effectivement par des contrôles stricts du ministère du travail et ses démembrements.

Le gouvernement ne peut pas continuer à être complice d’une pareille chosification et clochardisation de ses fils et filles. Tout le monde peut faire un tour dans la rue et poser la question à quelques vigiles postés çà et là, de savoir s’ils connaissent ce qu’on appelle Caisse nationale de prévoyance sociale, et il se fera sa propre idée. Pourtant les agents de la Cnps font des contrôles réguliers dans les entreprises pour vérifier qu’elles sont en règle. Et si ces entreprises continuent de fonctionner, et que les employés continuent de se plaindre, ils ne restent plus qu’à conclure que ces sociétés sont toujours en règle… dans l’irrégularité.

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