À l’occasion de la célébration de la 48ème édition de la fête de l’Unité Nationale, Polycarpe ATANGANA Journaliste indépendant et spécialiste des questions de droits de l’Homme et de Justice pénale livre sa vision d’une Nation Camerounaise peu démocratique, mais   ambitieuse 48h avant la commémoration.

Polycarpe ATANGANA/Editorial

Notre vision du Cameroun est devenue profondément contradictoire. En perdant les mots pour dire le Cameroun, nous avons perdu prise sur le Cameroun et jour après jour nous assistons, passifs, à son impuissance, à sa décomposition, à son affaissement. D’un côté il y a le Cameroun qu’on célèbre -celle des grands mots et des grands ancêtres, le Cameroun de la paix et des Pères fondateurs – de l’autre il y a le Cameroun qu’on vitupère, celle au quotidien du calibrage de tomates et des « révolutionnaires ».

L’histoire de deux Cameroun

Cette contradiction, c’est en fait une vieille histoire, un secret de famille pour ainsi dire, c’est l’histoire de deux Cameroun, le Cameroun dont on a envie et le Cameroun dont on a besoin. Le Cameroun dont on a envie, c’est le Cameroun démocratique qu’on voudrait à l’image des démocraties que l’on connaît, une démocratie parlementaire, représentative, simple. Depuis plus de trente-huit ans que le déficit démocratique a été diagnostiqué, on n’a cessé de vouloir remodeler le réel à l’aune de nos rêves. L’Assemblée parlementaire s’est peu à peu muée en Parlement d’un parti politique.

Nous avons persévéré dans la même ornière

 On a grimé la Cour de Justice et les parquets des Communautés Camerounaises. On a déguisé certaines commissions en gouvernement responsable devant le Parlement. Toujours le même principe était à l’œuvre: à force d’y croire, cela va devenir vrai. Comment s’étonner que les citoyens camerounais se soient peu à peu détournés de ce Cameroun fantasmatique, en porte à faux constant avec la réalité. Mais à chaque étape, nous avons persévéré dans la même ornière. Depuis le 20 mai 1972, on s’est dit -à tort- que l’échec du référendum constitutionnel prouvait bien que le problème était le déficit démocratique et qu’il fallait donc laisser le Cameroun faire ses preuves, quitte à passer en force avec l’Unité Nationale.

Le Cameroun dont on a besoin

Aujourd’hui, quarante quarante-huit ans plus tard, les camerounais peu optimistes et septiques s’apprêtent à remplir leur rang. Le Cameroun rêvé, c’est le Cameroun décevant. Le Cameroun de la technocratie n’est pas un accident du Cameroun, elle est une dérive du Cameroun de la compétence, du projet et des résultats qui était au cœur déjà de la prospective.  Et il y a un Cameroun dont on a besoin, celui qui fait le travail. Le Cameroun dont on a besoin, ce fut le Cameroun des patriotes et héros Um Nyobé, Ernest Ouandjé, Rolanf Félix MOUMIE… sans aucune référence à la démocratie Camerounaise.

Le plus grand consensus possible

Depuis 2016 et le déclenchement de la plus grave crise anglophone qui a pris les choses en main, qui gagne en influence meurtrière. Ce sont certaines commissions – créées en dehors de tout traité par pur pragmatisme- qui ont pris la main sur la décision politique en conservant sa méthode de toujours, le plus grand consensus possible. C’est une catégorie de personnalité, sans aucun mandat politique, qui a mis la fièvre sur ces deux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest (NOSO)en créant par sa seule parole une solidarité dangereuse dans les deux zones du pays.

Un autre modèle

Pourquoi ce fossé? Parce que le Cameroun ne s’est pas construite ni uni à l’image des démocraties parlementaires, mais à bien des égards sur leurs décombres. Après la colonisation, après l’engrenage des nationalismes et des populismes, le Cameroun a cru devoir se donner un autre modèle, fondé sur l’efficacité, ce fameux modèle mystérieux « un et indivisible.»

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