Dans la deuxième partie de cet éditorial rédigé à l’occasion de le fête de l’unité nationale, le journaliste indépendant et spécialiste des questions de droits de l’Homme et de Justice pénale Polycarpe ATANGANA essaie d’éveiller les conscience des uns et des autres dans la nécessité de rebâtir un Cameroun nouveau, mieux un pays qui existe réellement. Il estime qu’il temps de conquérir « une vraie unité Nationale dans la solidarité, la compréhension et le respect d’opinions ».

Disait Denis Diderot « On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte, et l’on ne boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère »

Arrêtons de rêver ou de pleurer devant le miroir. Il n’y a pas une République Unie du Cameroun. Sinon comment expliquons-nous le fait que la majorité sollicite un État fédéral. Mais il y a un pays au nom du Cameroun. Pendant quarante-huit ans, nous avons pu vivre de part et d’autre du miroir. Aujourd’hui, en se berçant de l’illusion d’une grande démocratie, d’une fête de l’Unité Nationale « comme les autres » non seulement on se trompe, mais on casse la machine camerounaise.

Nous vivons en somnambules

C’est cela la nouvelle donne au Cameroun: le Cameroun dont on a envie bloque le Cameroun dont on a besoin, lorsque le déficit démocratique des décisions des Commissions est si flagrant qu’il les entache de nullité, et, dans le même temps, le Cameroun dont on a besoin vide de sa substance du Cameroun dont on a envie, lorsque ses mécanismes, comme le FCFA, le Mécanisme Africain de Stabilité ou le traité budgétaire, éloignent toujours davantage l’imagerie démocratique. Le rêve et la réalité s’affrontent et nous, nous vivons en somnambules, ni tout à fait éveillés, ni tout à fait endormis.

Exister sans vivre

A cela il n’y a qu’une solution, s’éveiller et regarder en face nos rêves et notre réalité. Et tenter de les rapprocher, pas à pas. Parce que disait Victor Hugo « Le plus grand ennui c’est d’exister sans vivre. » Malheureusement beaucoup sont dans cette situation, oubliés de tous, de la société, sans emploi, précarité et pas de main tendue, pas de coup de piston pour rebondir. Ce que ne connaissent pas nos élites, eux ils s’en sortent toujours. Je voudrais nous rappeler qu’on ne saurait parler d’un peuple camerounais formant la base d’un Etat et d’une souveraineté, c’est un abus de langage.

Démocratiser le rapport entre les camerounais

Premier réveil nécessaire: il n’y a pas de démocratie fédérale, mais il y a un Etat qui n’est pas démocratique. Alors améliorons-la. Tout le monde déplore le déficit démocratique Camerounais. Mais où se produit-il? Dans des institutions publiques qui n’existent qu’en rêve ou dans le mandat bien réel que donnent notre Etat démocratique à l’Unité émanant d’eux. Démocratiser le Cameroun c’est donc démocratiser le rapport entre les camerounais entretiennent avec l’Union.

Avoir le courage d’assumer les décisions

Au premier chef, cela signifie que les gouvernants et les minorités nationales doivent avoir le courage d’assumer les décisions et les choix du Cameroun, au lieu de se cacher systématiquement derrière l’hypocrisie. Cela signifie qu’il faut renforcer la collégialité des institutions, leur représentativité nationale, déjà réelle mais presque honteuse, au Sénat, à l’Assemblée Nationale, au Conseil Constitutionnel en y favorisant les décisions collégiales et l’expression d’opinions minoritaires, argumentées et publiées.

Pourquoi ne pas réfléchir à un Sénat rajeuni

Cela signifie aussi qu’il est urgent de donner un visage à un camerounais dans chaque Région, ville, village, ce que jusqu’ici, nous n’avons pas su faire. Pourquoi ne pas réfléchir à un Sénat rajeuni où chaque parti politique enverrait un représentant élu au suffrage direct, qui deviendrait en quelque sorte son ministre des affaires camerounaises naturel et un vrai partenaire pour le gouvernement.

Créons un statut d’université camerounaise éligible

Deuxième réveil auquel je nous invite: il y a un peuple camerounais, mais il n’y a pas une société camerounaise démocratique en train de naître.  Mais les camerounais, en revanche, sont engagés dans toutes sortes de liens humains, culturels, sociaux, économiques qui intègrent notre société à une grande société Camerounaise eu avec ses institutions, Eglises, syndicats, partis, avec ses mariages, avec ses rencontres – grâce à Dieu.

Etendons le programme Youth Connekt

Dans le domaine universitaire, créons un statut d’université camerounaise éligible pour certains financements spécifiques, en commençant par créer des universités qui ne vont plus nous permettre de perdre des milliards de FCFA par an partout dans les 4 continents. Renforçons cette société démocratique en donnant une caisse de résonance à la société démocratique organisée, dans un vrai Conseil Economique et Social camerounais au rôle redéfini et capable de propositions. Accroissons partout où c’est possible les échanges humains, en étendant le programme Youth Connekt à l’ensemble de la jeunesse, parce qu’elle est aujourd’hui la priorité politique dans un Cameroun dévasté par la crise financière et par l’austérité.

Le Cameroun est une force de proposition

Troisième réveil enfin, il est temps de dire qu’il n’y a pas de loi Camerounaise, mais il y a en revanche la possibilité d’une harmonisation démocratique par la régulation. En effet, il n’y a pas de loi uniforme et obligatoire qui s’imposerait directement à tous les citoyens de notre communauté. C’est un abus de langage. En revanche, le Cameroun est une force de proposition. Si elle ne peut restreindre la réalité des diverses régions, elle peut l’augmenter par une offre commune. C’est ce qui se doit se produire par exemple avec le statut d’entreprise.

Le Cameroun existe et doit se donner les moyens d’exister

Peut-être, en prenant ainsi conscience de la profonde originalité de la démocratie Camerounaise, aurons-nous ainsi dissipé une illusion mortelle du Cameroun. La démocratie camerounaise n’est pas l’antichambre de la démocratie mondiale. Elle n’a pas vocation à s’étendre à l’infini, ni à se dissoudre dans l’éther des grandes idées. Le Cameroun existe et doit se donner les moyens d’exister. A l’heure où des traités de libre-échange cruciaux sont négociés partout dans le monde, demandons-nous où est notre indépendance, où est notre intérêt, où est notre existence quand seule au monde nous nous exposons à tous les vents de la mondialisation sans pour autant lever nos propres voiles.

Il est temps de vivre réellement uni

Assumons notre existence diplomatique!

Assumons notre devise  » Paix travail-Patrie. « Vivons une vraie unité Nationale dans la solidarité, la compréhension et le respect d’opinions.

Que tant d’arrestations arbitraires, que tant stigmatisation. Notre unité ne doit plus être celle-là où on voit les individus lutter contre l’État, et l’État contre les individus. Quarante-huit ans de blessures, douleurs, peines, que vit notre unité Nationale, il faut que ça cesse.  Quarante-huit ans de désolidarisation, il est temps de vivre réellement uni.

On ne parle pas de joies dans notre Unité Nationale.

La véritable preuve de notre esprit démocratique, ce sera la reconquête de notre indépendance et notre UNITÉ NATIONALE. C’est cela qui doit se jouer dans les élections camerounaises. Pas le rituel: « ça passe ou ça casse » qui nous désespère depuis. Avant de terminer, je voudrais saluer encore une fois la détermination et le dévouement des hommes et des femmes que je rencontre et qui s’engagent quotidiennement pour aider notre pays à se construire. Ils constituent un exemple pour nous tous. Car l’Unité Nationale ce n’est pas seulement l’affaire des personnes du gouvernement, de leurs familles et de leurs proches. C’est bien l’affaire de chacun d’entre nous.

Nous pourrons bâtir une société

C’est en changeant notre regard les uns envers les autres que nous serons différents, en valorisant ce que nous voulons nous apporter que nous pourrons renforcer les liens de solidarité qui sont aujourd’hui souvent trop fragiles dans notre société. C’est en faisant une place à ceux qui rencontrent le plus de difficultés que nous pourrons bâtir une société véritablement fraternelle.

 C’est bien ce pacte que nous avons les uns avec les autres, c’est bien cet engagement au quotidien qui nous rassemble pour une vie meilleure.

Lisez la première partie de l’Editorial en cliquant sur le lien suivant: https://237cameroun.online/cameroun-editorial-la-reconquete-de-notre-unite-nationale-notre-enjeu-quarante-huit-ans-plus-tard/

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