Selon un rapport du Département d’Etat sur les Droits de l’Homme, le surpeuplement est demeuré endémique en 2018 dans la plupart des prisons, surtout celles des grands centres urbains.

On apprend qu’en 2018, les prisonniers étaient hébergés dans des locaux délabrés datant de la période coloniale, où la population carcérale pouvait être jusqu’à cinq fois plus nombreuse que la capacité d’accueil prévue. Il y avait généralement dans les prisons des quartiers distincts pour les femmes, les hommes et les enfants. Les détenus en attente de procès et les condamnés étaient souvent incarcérés ensemble.

Dans de nombreuses prisons, les installations sanitaires consistaient en de simples fosses d’aisance communes. Dans certains cas, les femmes bénéficiaient de meilleures conditions de détention, avec des toilettes améliorées et des cellules moins peuplées. Les autorités ont affirmé que les détenus malades étaient tenus à l’écart du reste de la population carcérale, mais ce n’était souvent pas le cas.

Selon des responsables de l’administration carcérale, le pays comptait 79 prisons opérationnelles d’une capacité nominale de 17 915 personnes mais où, en juin, se trouvaient près de 30 000. Par exemple, la Prison Centrale de Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua, qui avait une capacité d’accueil prévue de 150 détenus, capacité portée par des expansions successives à 500 détenus, en hébergeait au 19 juin 1 600, dont plus des deux tiers n’avaient été jugés coupables d’aucun crime.

Un tiers des détenus était en attente de procès ; les audiences avaient commencé pour un autre tiers ; et un tiers avait été jugé coupable. La qualité de la nourriture, l’accès à l’eau potable, les installations sanitaires, l’aération, l’éclairage et les soins médicaux étaient insuffisants. En conséquence, les maladies étaient largement répandues. La malnutrition, la tuberculose, les bronchites, le paludisme, l’hépatite, la gale et de nombreuses autres affections non traitées, y compris des infections, des parasites, la déshydratation et la diarrhée ont été très répandues.

On ne sait pas combien de décès sont liés aux conditions de détention ou aux actes du personnel pénitentiaire ou d’autres autorités. Les violences physiques des gardiens de prison envers les détenus et entre les détenus eux-mêmes constituaient un problème. Selon divers rapports, la corruption était très répandue parmi le personnel pénitentiaire.

Les visiteurs étaient parfois contraints de verser des pots-de-vin aux gardiens pour avoir accès aux détenus. Des prisonniers payaient le personnel pour obtenir des services ou un traitement de faveur, tels que la mise en liberté temporaire, l’obtention d’un téléphone portable ou d’un lit et le transfert dans des zones moins surpeuplées des établissements pénitentiaires.

Certains prisonniers restaient incarcérés après avoir purgé leur peine ou après réception d’une ordonnance de mise en liberté, car ils n’avaient pas les moyens de payer leurs amendes. Les allégations crédibles de mauvais traitements ont souvent fait l’objet d’enquêtes de la part d’autorités indépendantes. Les visiteurs devaient obtenir une autorisation officielle du procureur de la République, faute de quoi ils devaient verser des pots-de-vin au personnel pénitentiaire pour pouvoir communiquer avec les détenus.

En outre, les visites de détenus soupçonnés d’appartenir à Boko Haram étaient des plus limitées. Certaines personnes étaient détenues loin de leur famille, ce qui réduisait la possibilité de visites. Les autorités permettaient aux prisonniers et aux détenus de pratiquer librement leur religion. Comme en 2017, les autorités permettent à des ONG de dispenser un enseignement formel et d’autres programmes d’alphabétisation dans les prisons.

A la Prison Principale d’Edéa (région du Littoral), l’ONG Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture a parrainé un centre d’alphabétisation et de réinsertion sociale qui a dispensé un enseignement primaire et secondaire aux détenus. En raison des troubles sociopolitiques dans la région du Sud-Ouest, Human IS Right, organisation de la société civile ayant son siège à Buea, et l’ONG Operation Total Impact ont mis fin à leur programme d’éducation formelle et de réforme dans les prisons principales de Buea et de Kumba. La Prison Centrale de Garoua (région du Nord) a continué de dispenser un programme d’enseignement primaire complet.

Contrairement à l’année précédente, le gouvernement a limité l’accès des organisations humanitaires internationales aux détenus incarcérés dans les prisons officielles. Par exemple, en juin, les autorités n’avaient toujours pas permis au CICR d’accéder à ses prisons et à ses centres de détention cibles. Le 3 juillet, toutefois, le CICR a pu rendre visite aux 47 séparatistes anglophones rapatriés du Nigeria et certains d’entre eux ont, par l’entremise de l’organisation, envoyé des messages à leur famille.

La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL) et les Commissions Justice et Paix des archidiocèses catholiques ont également effectué des visites dans les prisons mais se sont vu refuser l’accès à certains centres de détention. En janvier, des membres de la CNDHL se sont rendus dans des prisons de Monatélé (région du Centre), de Bertoua, Doumé et Abong-Mbang (région de l’Est) et de Maroua (région de l’Extrême-Nord).

La CNDHL a signalé ne pas avoir accès à certaines prisons de Yaoundé, notamment à celles où étaient incarcérés les 47 personnes soupçonnées d’être des séparatistes rapatriés du Nigeria. La CNDHL a également allégué que les autorités ne lui avaient pas permis d’accéder à une victime de blessures par balles qui avait été admise au Centre des urgences de Yaoundé. La Constitution et la loi interdisent les arrestations et les détentions arbitraires.

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