Il a dépêché sur le terrain une mission interministérielle et décrété samedi journée de deuil national en mémoire des élèves tués à Kumba, mais l’opinion en attend plus du chef de l’Etat.

Une mission interministérielle conduite par le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, revient de Kumba où elle était allée, les 27 et 28 septembre, apporter du réconfort aux familles si durement éprouvée par la tuerie du 24 octobre dernier au complexe scolaire Mother Francisca International Bilingual Academy.

Ladite mission a été instruite par le président de la République, qui, en plus d’un message de condoléances adressé aux proches déchirés par la douleur, a décrété demain samedi journée de deuil national en mémoire des sept élèves sauvagement abattus par des hommes armés en plein cours dans une salle de classe. Sur fond de réactions indignées, des voix s’élèvent au sein de l’opinion nationale et même de la communauté internationale pour encourager Paul Biya, chef suprême des armées, à tout mettre en oeuvre pour que ce massacre ignominieux ne reste pas impuni.

Mais au-delà de l’impératif absolu de justice pour les victimes et des actions engagées jusque-là pour honorer leur mémoire, que peut et doit faire de plus le chef de l’Etat pour sauver la paix? On se rappelle que moins d’un an après le début de la crise anglophone, Paul Biya a créé en mars 2017 la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (Cnpbm) qui a, entre autres missions, d’assurer le suivi de la mise en oeuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l’anglais et du français deux langues officielles d’égale valeur au Cameroun. Elle a à sa tête l’ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge, qui est anglophone. Un mois plus tard, il faisait ouvrir une section Common Law à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), à côté de la création de départements de English Law au sein des universités de Douala, Maroua, Ngaoundéré et Dschang.

Concessions

Le président de la République a, par ailleurs, fait traduire en anglais dès novembre 2016 le traité et tous les textes de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada). La traduction de ces textes était d’ailleurs l’une des principales revendications des avocats anglophones. Outre la création en 2018 du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (Cnddr) qui a également comme coordonnateur un anglophone en la personne de Faï Yengo Francis, Paul Biya a organisé du 30 septembre au 04 octobre 2019 à Yaoundé, le grand dialogue national, qui n’a pas fait l’unanimité quant à son inclusivité. Au terme de cette rencontre, une troisième vague de prisonniers de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sera libérée.

Et en décembre de la même année, un Code des collectivités territoriales décentralisées adopté et promulgué, qui accorde un statut spécial aux deux régions anglophones, etc. Au-delà de ces concessions unilatérales – les sécessionnistes, eux, n’en ont fait aucune jusque-là -, le carnage de Kumba peut-il servir de déclic à l’évolution de la position de Paul Biya et de son gouvernement sur d’autres questions sensibles, à l’instar de la forme de l’Etat pour laquelle ils se sont toujours refusés à tout débat?

Bon choix

Entre ceux qui le supplient – quand ils ne le somment pas tout simplement – d’effectuer une tournée dans le NoSo comme cela a été le cas dans l’Extrême-Nord après les inondations qui y avaient fait des dizaines de morts en septembre 2012 ; ceux qui attendent qu’il s’adresse à la nation en ce moment de grande tristesse pour la rassurer ; ceux qui lui demandent de décréter l’Etat d’urgence dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et d’y mener une guerre totale contre les groupes séparatistes qui y pullulent ; et ceux qui lui suggèrent plutôt de convoquer un véritable dialogue inclusif sur la crise anglophone, dialogue en marge duquel toutes les options devraient être envisagées sauf la sécession, le chef de l’Etat à de la peine à se déterminer.

La dernière option, du reste soutenue par la communauté internationale, suppose, par exemple, qu’il consente à libérer le président autoproclamé de l’Ambazonie, Sisiku Ayuk Tabe, et la trentaine de membres de son gouvernement enfermés à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Bien qu’opposé à l’idée que des personnes ayant commis des crimes de sang puissent être remises en liberté, un ponte du régime, qui se désolidarise de la position des faucons, pense qu’il est « souhaitable que le président de la République descende sur le terrain pour consoler les familles éplorées, et au besoin qu’il participe aux échanges avec les groupes séparatistes identifiés en présence de toute la classe politique, des leaders religieux, des membres de la société civile et des autorités traditionnelles ». Quoi qu’il en soit, Paul Biya aura besoin plus que d’un conseiller pour lui souffler le bon choix.

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