Je vous écris cette lettre, monsieur le président de la République, pour vous parler de ce que vous connaissez déjà mieux que moi, mieux quiconque : le massacre des enfants de Kumba, dans la matinée du samedi 24 octobre. Des enfants sont allés à l’école, pendant qu’ils étaient dans leur salle de classe en plein cours, des gens sont arrivés, armés de machettes et de fusils. Ils ont neutralisé les frêles écoliers sur leurs tables-bancs : certains ont été fusillés et d’autres tranchés à la machette.

De jeunes corps fauchés, du sang en classe, sous les bancs, au pied du tableau, partout, à la place de la connaissance et de l’avenir. Il venait de se signer le massacre le plus horrible et le plus incompréhensible de Kumba et, sans doute, du Cameroun dans son ensemble. Grâce à la magie des réseaux sociaux, aucun détail de l’horreur n’a échappé à personne.

Le Cameroun venait d’offrir au monde le théâtre le plus macabre de l’histoire de l’enfance. Des tonnes d’amour investies par des parents en leurs enfants venaient de s’écrouler. A jamais. Des enfants qui rêvaient d’appartenir à l’avenir venaient d’être arrachés à la lumière et jetés en pâture à l’atroce, aux ténèbres. La tête tranchée de l’écolier de Kumba, les viscères et le sang répandus à même le sol, la cruelle signature des barbares… Je ne vous écris pas cette lettre, Monsieur le Président, pour vous parler de ce que vous savez déjà. Mais sans doute pour que vous parvienne la complainte de l’enseignant camerounais.

Son métier s’ensanglante de plus en plus, sans plus savoir comment mettre un terme à cette descente aux enfers. Le poignard a versé le sang d’un enseignant à Yaoundé il y a quelques mois, en plein lycée ; et voici que, quelque temps seulement après, le fusil et la machette investissent l’école et l’installent dans une permanence de sang et d’horreur.

Comme le professeur et les élèves ne sont plus qu’objets de massacre et d’anéantissement à l’école même, que nous reste-t-il, si l’on veut regarder demain, Monsieur le Président ? Que nous reste-t-il s’il n’y a plus dans les salles de classe que les tables bancs, le sang et la terreur ? Comment s’appellera demain s’il n’y a plus que les machettes, le poignard et les fusils sur la place de l’école ?

Je vous écris cette lettre, monsieur le Président, pour vous dire aussi ce que vous savez déjà. Pour vous le redire, avec des mots-craie, des mots-tableaux-noirs, des mots-encre-rouge, des mots-tables- bancs, des mots-lycées-et-collèges rougis par l’audace du crime et la fureur du désespoir. Vous avez décidé d’envoyer une délégation interministérielle au chevet d’une ville de Kumba frappée en son cœur par le crime et déchirée par la douleur. Ce parterre de ministres doit s’y rendre, pour voir, écouter, et parler avec notre cher Kumba, et soutenir les affligés. Il est bon que cela soit fait, que le gouvernement soit là, quand une ville pleure et désespère.

À cette belle action du gouvernement, ajoutez une autre, Monsieur le Président. Allez à Kumba vous-même ! Toute la République y a pris racine depuis samedi 24. Et vous êtes la République en personne ! En chair et en os !

Pour se donner sens en ce moment sombre, où la plus terrible tristesse a frappé le cœur des Camerounais et du monde, Etoudi doit aller s’incliner sur la mémoire en sang des enfants de Kumba. Parce que la République n’a de sens que lorsque ses enfants ne sont pas massacrés un samedi 24 octobre, dans une salle de classe, en pleine matinée, par une bande ivre d’anonymat et de barbarie. Allez-y, monsieur le Président ; allez-y à Kumba ! Ça fera beaucoup de bien !

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