Onglets principaux

Politique

Cameroun - tripatouillage : instabilite constitutionnelle


La question des mécanismes institutionnels de succession du président de la République du Cameroun  en cas de vacance relevait il y a encore un an du plus grand flou. La mise en place effective du Sénat en 2013 est venue combler cet imbroglio, du moins sur le papier. On sait désormais qu’en...
490 vues
11/30/1999 - 00:00
Charles NSANA
admin


La question des mécanismes institutionnels de succession du président de la République du Cameroun  en cas de vacance relevait il y a encore un an du plus grand flou. La mise en place effective du Sénat en 2013 est venue combler cet imbroglio, du moins sur le papier.


On sait désormais qu’en cas de vacance du président de la République pour l’une des causes citées par la Constitution, c’est le président de la chambre haute qui prendrait les rênes du pouvoir en attendant l’organisation de nouvelles élections présidentielles.

« L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu'à l’élection du nouveau président de la République, par le président du Sénat, et si ce dernier est, à son tour, empêché, par son suppléant, suivant l’ordre de préséance du Sénat », peut-on lire à l’article 6.


En clair, si le président Biya venait à quitter précipitamment le pouvoir, c’est Marcel Niat Njifenji qui lui succèderait. Seulement, tout est encore fragile, la Constitution pouvant être modifiée à tout moment à l’initiative du président de la République comme ce fut le cas en avril 2008 lorsque que le verrou de la limitation du nombre de mandat à la magistrature suprême fut enlevé pour permettre au président Biya d’être candidat à sa propre succession autant de fois qu’il le voudra.

La révision constitutionnelle d’avril 2008 ne semble pas être la dernière à laquelle la loi fondamentale camerounaise risque de faire face. Depuis quelques temps, on soupçonne le président Biya de préparer une autre modification de la Constitution.


L’objectif, cette fois, étant d’intégrer un poste de vice-président de la République, successeur du président de la République en cas de vacance. En clair, et si cette modification constitutionnelle venait à être déposée sur la  table du parlement, ce n’est plus le président du Sénat qui serait le successeur constitutionnel du chef de l’Etat, mais le vice-président.


 
Cette intention, réelle ou supposée de l’exécutif montre simplement la fragilité de la Constitution camerounaise qui peut faire l’objet de toute sorte de manipulation selon le gré d’un individu pour peu qu’il dispose d’une majorité au Parlement, et pour des raisons de calculs personnels. Toute chose qui n’est pas de nature à participer de la stabilité durable des institutions et du pays tout entier.

L’exemple burkinabé est encore frais dans les mémoires. « Le conflit burkinabé, et précédemment la dernière élection présidentielle sénégalaise, ont mis au centre de l’actualité africaine le phénomène de la manipulation arbitraire des constitutions par les pouvoirs locaux, écrit un analyste politique dans une tribune parue sur Médiapart.

Ils ont montré que cette pathologie politique était le problème le plus préoccupant de l’époque. Ils ont mis en pleine lumière la propension inquiétante des monarques africains à manipuler les constitutions pour écarter des adversaires politiques et pour se maintenir au pouvoir au-delà de la durée légale du mandat présidentiel permise par le Texte. »

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

Étiquettes: