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Cameroun: ME AKÉRÉ MUNA. “L'article 66 est mal redige”


Vous avez été élu le 16 octobre dernier à Berlin au poste de président du conseil de la Conférence internationale de la lutte contre la corruption. Que représente pour vous ce nouveau challenge ? C’est une élection assez extraordinaire. Il s’agit d’un forum qui est élargi au...
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11/30/1999 - 00:00
Charles NSANA
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Vous avez été élu le 16 octobre dernier à Berlin au poste de président du conseil de la Conférence internationale de la lutte contre la corruption. Que représente pour vous ce nouveau challenge ?

C’est une élection assez extraordinaire. Il s’agit d’un forum qui est élargi au secteur public et privé et aussi à la société civile.C’est un forum qui se tient tous les deux ans. La dernière fois c’était au Brésil. Cette année c’était prévu pour la Tunisie, mais cela va se tenir plutôt en mai prochain en Malaisie et, en 2016, ce sera à Berlin. Donc pour moi, c’est une consécration. C’est une ouverture sur de nouvelles personnes et c’est un appel qui me permet d’engager tout le monde dans la lutte contre la corruption qui tue nos pays.

Vous avez un peu l’habitude des grands postes à l’international, mais on a l’impression que celui-ci est particulier pour vous. C’est quoi la Conférence internationale de lutte contre la corruption ?

Comme je l’ai dit tantôt, ce poste-ci est une ouverture sur le monde des affaires, la société civile et les organes étatiques. Beaucoup de pays participent à cette conférence.
D’ailleurs, le Cameroun est toujours présent dans ces conférences. Donc, c’est une fierté que je pense partager avec notre pays

Qu’est-ce que la Conférence internationale de lutte contre la corruption a de plus que Transparency international dont vous avez été le vice-président pendant 9 ans ?

Ce qu’il y a de nouveau dans la conférence, c’est qu’on donne la possibilité aux Etats de faire étalage de ce qu’ils font dans la lutte contre la corruption. Il y a aussi la possibilité d’échanger avec d’autres pays pour partager les meilleures pratiques de lutte contre la corruption. En fait, c’est un carrefour d’échanges qui permet aux uns et aux autres d’apprendre de leurs expériences mutuelles. A la différence de Transparency international qui regarde les problèmes de manière systémique.

Pendant que vous occupez des postes importants à l’international sur la lutte contre la corruption, votre propre pays ne semble pas prêcher par le bon exemple parce que la corruption continue de bien se porter…

J’ai engagé la lutte contre la corruption il y a plus de 10 ans en créant Transparency international au Cameroun. Le début a été dur. Mais, je pense qu’il y a aujourd’hui une affirmation de la volonté de lutter contre la corruption. Je pense cependant qu’il y a encore beaucoup de choses à faire, surtout en ce qui concerne l’article 66 de la Constitution.

J’ai tenu une réunion avec les parlementaires pour expliquer ce qu’est cet article. Je pense que si on avait appliqué cet article de la Constitution, cela faciliterait la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics. Au Sénégal, ils sont même allés plus loin. Ils ont une instance qui juge l’enrichissement illicite et qui constitue une instance où la charge de la preuve est complètement renversée.


Donc je pense qu’il faut faire la même chose au Cameroun. C’est dur pour certains Camerounais de voir à quel point les gens font étalage de leur richesse et de leurs biens dont ils ne peuvent justifier la provenance. Toutefois, je dois dire que partout au monde où j’ai fait des conférences, notre pays est particulier parce que je ne connais aucun pays en Afrique ou même au monde où vous aurez autant de membres du gouvernement y compris un Premier ministre, en prison.


C’est quand même quelque chose qui démontre une affirmation de la volonté de combattre la corruption. Mais je pense que sur la prévention il y a encore des choses à faire. On a sanctionné plusieurs personnes, mais le mal demeure. C’est un peu comme changer l’ampoule chaque fois qu’un fusible est grillé. Si cela arrive plusieurs fois, je pense qu’il y a lieu de regarder du côté des branchements électriques pour voir ce qui se passe, pour voir pourquoi le fusible s’est grillé

Pour vous le système préventif de corruption n’est pas assez efficace jusqu’à présent ?

Je pense que s’il est efficace, il faudrait qu’on prenne des mesures qui associent le citoyen. Je prends un exemple : est-ce qu’on a fait une étude pour voir depuis quand quelqu’un qui vient de faire un accident a son permis ? Pour voir son taux d’alcoolémie ? Pour se demander combien de barrages de police il a traversé avant le drame ? Il y a des petits tests de rien du tout comme ça qui participent de la prévention. Le citoyen doit absolument être associé au mouvement. Mais si c’est un système de lutte qui continue à prêcher de façon pontificale, cela ne marchera pas. Parce qu’il faudrait que le citoyen lui-même sente qu’il a son rôle à jouer. Et cela va l’amener à participer à la lutte.

Vous avez parlé de l’article 66 de la Constitution qui fait obligation à un certain nombre de personnalités de déclarer leurs biens avant leur entrée en fonction et après. 18 ans après, cet article n’est toujours pas appliqué. A votre avis, qu’est ce qui peut constituer le blocage ?

L’article lui-même n’est pas très bien rédigé. Le champ est trop large. Il concerne trop de personnes. Et je pense qu’il faut réduire les personnes qui sont concernées. Je pense aussi que ceux qui ont élargi l’assiette l’on fait sciemment pour rendre difficile l’application de ce texte.
 
 
Cela montre la difficulté qu’on rencontre chaque fois qu’on demande à un système de s’autocontrôler. Je dis toujours qu’on ne peut pas demander au poisson d’acheter l’hameçon

Transparency international Cameroon, dans son dernier rapport, a épinglé une société (la PHP) qui vient de réagir en dénonçant une enquête qui a été faite avec légèreté. Est-ce que c’est quelque chose qui vous dérange ?

Je félicite Transparency international Cameroon pour avoir tenté de le faire parce qu’il y a beaucoup d’autres sociétés qui se sont plaints. Je peux aussi dire que j’ai été contacté par cette société qui a voulu me rencontrer. Je n’ai pas pu les rencontrer à Berlin pour un problème de calendrier. D’autre part, j’étais en fin de mandat comme vice-président de TI et je pensais que c’était inapproprié pour moi d’entrer dans ce dossier. Je connais le sérieux de Me Nguini (Le président de TI Cameroon, Ndlr).


Je pense qu’il a fait ce qu’il fallait pour que cela se passe correctement. D’ailleurs, il y avait une résolution que TI devait prendre lors de son assemblée générale, mais Me Nguini, par souci de prudence, a demandé qu’on attende un peu, puisque les autres demandaient à être entendus. Au lieu d’accuser TI Cameroon, je pense que cette société ferait mieux de donner sa position et une contre analyse pour permettre le cadrage de cette enquête. Je pense que c’est aussi simple que ça.

© Le Jour : Propos recueillis par Jean-Bruno Tagne

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